I. L'expression de l'étonnement
a) L'étonnement : le sentiment dominant chez les Persans.
- Vis à vis de ce qu'ils voient à Paris : " tu ne le croirais peut-être pas " Ligne 8 , " Je n'ai eu à peine que le temps de m'étonner " Ligne 18, " Ce que je te dis de ce prince ne doit pas t'étonner " Ligne 31
b) Ce qui étonne les Persans
- La hauteur des maisons : " si haute que "Ligne 4 et la périphrase " 6 ou 7 maisons mises les unes sur les autres " Ligne 5
- La rapidité de déplacement des français soulignée par la comparaison entre les machines françaises et les voitures lentes d'Asie Ligne 10. La comparaison est mise en relief par le rythme des phrases : " ils arrivent, ils volent " qui désigne les français s'oppose à " les voitures lentes d'Asie ..... " qui reproduit la lenteur asiatique.
- La brutalité des parisiens : l'hyperbole : " Je suis plus brisé que si j'avais fait 10 lieues "L ; 16, " un homme qui vient " Ligne 15. Le rythme de la phrase avec une succession de verbes symbolise cette brutalité.
- Le roi et son pouvoir : " ce roi est un grande magicien " Ligne 25 " prodige " Ligne 23 champ lexical de la magie, du miracle : "la force et la puissance qu'il a sur les esprits "Ligne 30, " il n'a qu'à "Ligne 27, " il va même jusqu'à leur faire croire " Ligne 29
- Le pape et son pouvoir : " encore plus fort "Ligne 31, " pas moins maître de son esprit " Ligne 32, " magicien " Lignes 31 et 32 montre que le pape est encore plus puissant que le Roi. Ses pouvoirs : " il lui fait croire que tris ne sont qu'un " (la trinité) Ligne 33, " que le pain qu'on mange n'est pas du pain " (le corps du christ) Ligne 33 " que le vin n'est pas du vin " (le sang du christ) Ligne 34
II. Les références à l'Orient
a) Références
- Noms des personnages : Rica et Ibben Ligne 1
- Ville d'où ils sont originaires : Ispahan Ligne 1
- La date : " le 4 de la Lune de Rebiab 2 " Ligne 35
- Comparaison entre Paris et Ispahan Ligne 4
- Hauteur des maisons de Paris plus basse que celle des maisons d'Ispahan Ligne 5
- Rythme de vie des parisiens plus rapide que le rythme de vie des Persans : " les voitures lentes d'Asie "Ligne 10
- "J'enrage comme un chrétien" Ligne 12 le Persan utilise comme comparaison la religion qui n'est pas la sienne cf. l'expression " jurer comme un païen "
Toutes ces références à la Perse servent à Montesquieu pour donner une apparente réalité.
b) Les buts de Montesquieu dans l'utilisation des Persans.
- Introduire un regard neuf et extérieur sur le mode de vie des européens : faire ressortir les aspects ridicules de leur vie.
- Relativiser la position de l'Occident qui se considérait alors comme la référence unique. De plus la référence pour les persans est la Perse et non l'occident. C'est donc aussi une notion de tolérance qu'il introduit : l'occident n'est pas l'unique référence.
- Moyen de critiquer la société française en se cachant : moyen d'échapper à la censure.
III. La critique de la société française
a) La critique des français.
- Une vie trop agitée : champ lexical : " mouvement continuel " Ligne 1 " ils courent, ils volent " Ligne 10, " un bel embarras " Ligne 7
- La brutalité, le manque de courtoisie " qu'on m'éclabousse des pieds jusqu'à la tête " Ligne 13 " les coups de coude "Lignes 14 et 16 : grandes phrases avec succession de verbes d'actions et de propositions : rapidité. " je suis plus brisé que si j'avais fait 10 lieues " Ligne 16 : hyperbole.
- La crédulité des français : vis à vis du roi, ils sont soumis : " la vanité de ses sujets " Lignes 20 et 21 cf. achat des charges qui confèrent la noblesse. " titres d'honneurs à vendre ", " prodige de l'orgueil humain " Ligne 23, " ils le croient " Ligne 27 " ils en sont aussitôt convaincus " Ligne 29.
b) La critique du Roi.
- Le roi est décrit comme un manipulateur. Montesquieu critique le pouvoir royal de l'époque : l'absolutisme. " il exerce son emprise sur l'esprit même de ses sujets " Ligne 25, " Il les fait penser comme il veut " Ligne 26, " il n'a qu'à leur persuader " Ligne 27, " il n'a qu'à leur mettre dans la tête. " Ligne 28 " il va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant " (allusion au sacre) Ligne 30.
- Son goût pour la guerre Ligne 22-24 " on lui a vu entreprendre ou soutenir... ", " S'il a une guerre " Lignes 27-28.
c) La critique du Pape
- Montesquieu dénonce une hiérarchie dans la manipulation :le pape manipule le roi qui manipule les sujets : " il y a un autre magicien, plus fort que lui (le roi) , qui n'est pas moins maître de son esprit qu'il l'est lui-même de celui des autres " Lignes 31 et 32. C'est le pouvoir de la religion sur les esprits à cette époque qui est critiqué
- Les rites religieux sont visés c'est pour M ; l'occasion de manifester son déisme (il croit en dieu mais pas en la religion)
CONCLUSION
Cette lettre 24 est représentative de toutes les lettres persanes car on y retrouve les 3 éléments de la démarche de Montesquieu :
L'étonnement qui fait percevoir les choses autrement
La fiction orientale qui fait croire au lecteur qu'il s'agit d'une véritable correspondance entre les Persans pour protéger Montesquieu de la censure et introduire un regard extérieur sur la réalité européenne.
La critique de la société européenne au 18è Siècle sur le mode de vie des français, la politique : le pouvoir royal et la religion.
Lettre XXX
I Une petite comédie au ton plaisant
a) Une véritable petite comédie
- En effet, d'emblée nous pouvons remarquer que le texte est divisé en deux paragraphes ce qui souligne la volonté de l'auteur de définir deux actes distincts .
- On trouve dans le premier paragraphe le champ lexical du regard : "je fus regardé", "tous voulaient me voir".
- Nous pouvons en déduire que le premier acte met en scène un Persan regardé, admiré et très sollicité dans le Paris où il vient d'arriver.
- Au contraire, dans le deuxième paragraphe ce thème du regard disparaît : le Persan n'est plus le centre de l'attention
- Cette analyse nous permet de démontrer que les deux actes s'opposent et offrent ainsi aux yeux du lecteur deux scènes complètement différentes
b) Une mise en scène vivante
- En outre, l'auteur installe une ambiance vivante grâce à plusieurs métaphores: "les femmes même faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m'entourait", "bourdonnement".
- Ainsi, le lecteur est plongé dans une mise en scène multicolore, sonore et chorégraphiée.
- De plus, le rythme rapide des phrases du premier paragraphe, du à l'accumulation de subordonnées juxtaposées montre l'effervescence qui entoure le Persan.
- Cette effervescence est accentuée par des hyperboles : " tout le monde "(l.5), " cent "(l.9), " mille "(l.8), "partout".
- Cette mise en scène tout comme au théâtre n'est possible que grâce au costume : l'ambiance et l'action de chaque scène dépend du costume porté par le Persan, dans un premier temps « l'habit persan » puis européen.
c )La fausse naïveté du Persan.
- En effet, la phrase nominale exclamative "Chose admirable!" nous montre son étonnement face au comportement parisien qu'il ne comprend pas.
- Cet étonnement est également révélé par le "je souriais" qui nous montre que la politesse de Rica l'oblige à sourire des parisiens qui le trouvent "bien persan" alors qu'en réalité il trouve leurs paroles étranges, irréfléchies et déplacées.
- Les phrases négatives renforcent le ton ironique du locuteur : "je ne me croyais pas", "je ne me serais jamais imaginé".
- Ainsi, l'auteur installe un registre satyrique qui est d'ailleurs souvent utilisé dans les comédies pour critiquer.
II. Derrière cette apparente légèreté et naïveté se cache une profonde et grave critique de la société
a) Une organisation scientifique du texte
- En effet, le premier paragraphe est une expérience subie par le Persan tandis que le deuxième décrit l'expérience élaborée par le Persan lui-même. Grâce a sa lucidité et sa sagesse, "je ne me croyais pas un homme si curieux et rare", il formule une hypothèse au conditionnel pour savoir si l'attention des Parisiens n'est basée que sur son habit de persan : "quitter l'habit persan et en endosser un à l'européenne, pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable".
- Le résultat est donné de la ligne 25 à 33 de "Libre de tous les ornements" à "bouche", on le voit grâce au mode indicatif utilisé et aux expressions "pour voir" et "je me vis" qui permettent d'introduire des observations objectives.
- Ensuite, le persan met en place une contre épreuve qui lui sert de vérification pour valider son hypothèse. Cette organisation montre que la pensée de Montesquieu est basée sur l'utilisation de la raison, principe prôné par les philosophes des lumières, pour comprendre le monde et ses mystères.
b) Thème de sa première critique dès la première ligne : « une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance »
- On peut remarquer une gradation sur l'intensité de la curiosité au fil du premier acte: les gens sortent de chez eux pour le voir et enfin, il se voit multiplié dans tous les lieux : "je trouvais de mes portraits partout". Par ce procédé, l'auteur dénonce la curiosité exagérée parisienne.
- Il nous montre par ailleurs, que cette curiosité est universelle par une gradation de termes, du plus sage au plus naïf : "vieillard, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir". L'auteur critique donc l'instinct de grégaire des parisiens qui font tout comme tout le monde.
- En outre, le champ lexical du regard utilisé au passif dans le premier acte : "je fus regardé", "jamais homme n'a tant été vu que moi" nous révèlent que le persan subit malgré lui la curiosité parisienne. L'auteur dénonce ici l'impolitesse des parisiens qui emportés par leur curiosité en oublie leur savoir-vivre.
c) Une curiosité basée sur l'apparence
- Ce culte de l'apparence nous est souligné également par l'importance du costume du Persan. Il accentue de manière ironique la brutale solitude dans laquelle il se trouve sans son costume : "j'entrais tout coup dans un néant affreux ", "sans qu'on m'eut regardé, [...], sans qu'on m'eut mis en occasion d'ouvrir la bouche"
- En outre, ce culte de l'apparence exacerbée provoque l'apparition d'idées toutes faites chez le parisien. Ainsi grâce aux paroles d'un parisien rapporté au discours direct : " il faut avouer qu'il a l'air bien Persan " " Comment peut-on être Persan ?", l'auteur nous montre implicitement l'étroitesse d'esprit du Parisien qui se prend pour le modèle , la référence et se demande comment on peut-être autre chose que ce qu'il est.
CONCLUSION
- Le texte tourne autour de la mentalité Parisienne et de la haute société par des scènes se déroulant aux Tuileries
- La fin du texte est plus philosophique, moins pittoresque.
Cette lettre ressemble à une fable, dénonce les mentalités :
- les formes d'intolérances, depuis le chauvinisme à la xénophobie ou au racisme, ce qui n'est pas forcément propre aux français
- la superficialité : les gens jugent sur l'allure, les vêtements, le physique
- l'hypocrisie sociale, le sens des valeurs, la versatilitéL
Lettre XXXVII
I. Une lettre...persane...
a) Une lettre ...
En –tête, formule de congé, une date
b) Un persan
- Nom des correspondants
- Lieu du destinataire –Smyrne
- Date « à la persane
- Des références historiques à la persane « nos histoires », « sultan » ou à l'orient « des Turcs »
- Des expressions , comparaisons persanes
- « celui devant qui tous les trônes se renversent »périphrase
- Une certaine personnalité que l'on peut deviner chez Usbek – regard apparemment assez neutre, volonté de rester objectif, aveu de ses limites ; « j'ai étudié » « j'y ai trouvé des contradictions »
- Mais cette forme épistolaire et cette couleur locale/ exotisme = un artifice qui ne trompe personne... et même un élément de la satire...en fait , un tableau très corrosif ... ici , pas
- Critique amusé des moeurs des Parisiens ( voir lettre ? ) , - mise en cause des absurdités et des effets pervers de la monarchie absolue- tout un système politique – et donc religieux ( droit divin ) mis en cause.
II. Une satire ironique
a) Les cibles / les critiques :
- Une étude organisée autour des quelques grands thèmes qui ont d'ailleurs marqué toute le règne de L XIV : vie amoureuse, religieuse, la guerre ( des guerres incessantes et ruineuses ) , les finances – problèmes liés à la guerre et à goût luxueux ( voir fin), le système des pensions – grâce royale - , le goût du luxe (Versailles )
- Dans tous ces domaines, au lieu de trouver une politique cohérente menée par un individu cohérent , Usbek ne trouve que des « contradictions »...
- L'incohérence – le lecteur traduira l'absurdité – élevée en système de gouvernement.
- Caractère du roi : critiques explicites ( le roi est vieux ) et implicites :
Son comportement excessif : il ne peut souffrir ( manque de retenue ) , orgueil (depuis le matin jusqu'au soir, faire parler de lui, pense que peut changer les hommes par sa seule volonté , par sa « grâce »
Dieu sur terre..., défiance pathologique à l'égard de ce qui pourrait lui faire de l'ombre – qui conditionne de mauvais choix de
ses ministres, de ses responsables militaires.
b) Les moyens de l'ironie :
- Les allusions transparentes : maîtresse de 80 ans – Madame de Maintenon, - le palais = Versailles
- l'homme qui le déshabille lui donne la serviette : la vie du roi à Versailles, réglée par l'étiquette ... une foule de courtisans qui se disputent ces charges, ces honneurs dérisoires pour approcher le roi et lui faire leur cour.
-Ceux qui disent qu'il faut l'observer à la rigueur » = les jansénistes que le roi persécute
Finances inépuisables : allusions aux dévaluations et modification du titre des monnaies ( = quantité de métal précieux qu'elles contiennent) , et , quelques peu anachroniques – postérieur à la mort de Louis XIV, le système de Law ( à expliquer
rapidement : monnaie fiduciaire...).
- L'apparente objectivité : phrase sur le même modèle : il... il ... il... sujet omniprésent ( moi, moi, moi) ... image du pouvoir absolu.
- L' antithèse / les oppositions pour décrire un monde qui marche sur la tête
- Les connecteurs de l'opposition : « et », mais, quoique
- Les oppositions de termes : comblé de richesse / accablé de pauvreté, oisiveté des courtisans / campagnes laborieuses, homme qui le déshabille/ un autre qui lui prend des villes
- Perversion et inversion des usages : les postes à expérience à des gamins, les plaisirs de l'amour avec une octogénaire : absurdité !
- Jeux sur les chiffres : 18 ans – 80 ans , des proportions absurdes : petite pension à homme qui avait fui deux lieues – donc on attend , encore plus petite à celui qui en fuit quatre , mais en fait , « un beau gouvernement »
- Fausse admiration « Louis XIV, plus sultan que les sultans » ... La France comparée un pays d'orient !
Dernier paragraphe : hyperboles multiples : magnifiques , ressources aussi grandes, finances inépuisables ( en fait, le royaume est ruiné !)
CONCLUSION
Au lecteur de tirer les conclusions de ces constatations apparemment objectives, voire admiratives : ce « vieux roi » est un mauvais roi et le système qui autorise ces abus, ces absurdités est pernicieux et doit être aboli, réformé. C'est le combat mené
par les Encyclopédistes et les philosophes , sous des formes variées...
A travers cette Lettre Persane et le personnage du roi (jamais nommé ici), tout un système politique et social mis en cause, et au-delà réflexion morale sur l'homme. Ici, loin de l'image triomphante du Roi-Soleil, la description d'une fin de règne interminable ( « si longtemps régné » ) désolante à travers le regard détaché d'un pseudo-persan qui, dans sa lettre, formule des constatations candides qui deviennent une critique et une satire ironique du caractère et des usages royaux .
Lettre XCIX
Montrer comment l'auteur fait usage de la forme épistolaire pour exercer librement son ironie ?
I. Description légère et comique de femmes parisiennes
- Exagération ,ironie souligne la superficialité des parisiens qui ne jugent que sur l'apparence.
- Absence de repères sociaux, tableau fantaisiste.
- Précision cocasse de la coiffure renforcée par l'hyperbole.
- « quantité prodigieuse de mouches » :hyperbole, instrument de beauté devient un instrument de laideur.
- Forme d'aliénation pour RICA amène le lecteur de l'époque à réfléchir.
- Derrière l'étonnement comique de RICA se loge l'ironie de l'auteur.
- On parle de persiflage philosophique.
- Véritable caricature des femmes parisiennes qui joue sur les disproportions.
- «américaine» :femme du Nouveau Monde, indienne, sauvage :rend le portrait encore plus excessif.
II. Ton plus grave ,critique virulente de la société de l'époque
- Comparaison des m½urs orientales avec les m½urs européennes :m½urs orientales sont figées, celle des français manquent de tradition.
- Critique du manque de liberté.
- Description d'un véritable despote.
- Il est question ici de 2 époques (celle de louis 14, celle de la Régence).
- Montesquieu remet en cause le despotisme absolu :dénonce les caprices.
- Ironie :véritable arme philosophique.
- Vivacité de l'expression.
- Lettre contemporaine.
- Compte rendu humoristique.
CONCLUSION
Organisation décousue, étonnement de Rica permet ton léger naïf et fait éclater la satire de façon frappante
Critique du caractère français perverti par une société qui aliène l'individu.
Sensation
I. Une Nature grandiose, imposante, vivante
- La Nature est ici personnifiée : " vivants piliers " (vers 1), elle " observe " (vers 4), " paroles " (vers 2).
- Elle est imposante, gigantesque : un " temple " (vers 1), comme si elle renfermait quelque chose de mystérieux ; des " piliers " (vers 1), des arbres centenaires, sorte de lieu inébranlable.
- C'est un lieu unique, imposant par son unité, presque inquiétant car immense : " vaste comme la nuit et comme la clarté" (vers 7), les mots " nuit " et " clarté " (vers 11) , pourtant opposés, sont ici réunis, symbole de cette unité apparente de la Nature.
- Mais aussi, on ressent à travers ces vers une grande confusion, tout s'embrouille : " confuses " (vers2), " se confondent " (vers 5).
- L'immensité du lieu devient infini, la Nature n'a plus de limites : " longs échos " (vers 5), " vaste " (vers 7), " choses infinies ", " Expansion " (vers 12), comme un univers sans bornes, qui grandit sans limites.
C'est une sorte d'hymne à la Nature, majestueuse, face à laquelle l'homme ne peut que rester admiratif et impuissant.
II. L'homme face à la Nature
- La Nature accueille l'homme comme un être familier, presque ami, mais tout en gardant une certaine distance. De haut, les arbres " l'observent " (vers 4) - " regards " (vers 4).
- Tous les sens sont alors en éveil :
- visuel : " couleurs " (vers 8), " vert " (vers 10) ;
- auditif : " sons " (vers 8), " paroles " (vers 2), " hautbois " (vers 10), " chantent " (vers 14).
- mais surtout olfactif : le champ lexical des odeurs est très présent. Les deux tercets sont consacrés presque exclusivement à ces parfums et odeurs qui envahissent l'âme du promeneur.
- Dans le premier tercet, les mots " parfum frais " (vers 9) apparaissent alors comme une sorte d 'évocation d'un souvenir : " chairs d'enfants " (vers 9), quelque chose qui en tout cas a déjà été vécu, une sensation connue et reconnue.
- Puis le mot " corrompus " (vers 11) vient rompre cette harmonie des sens. Dans le premier tercet, les sens s'équilibraient, toutes sortes de sensations et d'émotions se mélangeaient. Dans le deuxième tercet, les odeurs envahissent l'esprit, le troublent, le soûlent ; l'homme est pris par une sorte de délire du aux odeurs qui lui montent à la tête. " Ambre ", " musc ", " benjoin ", " encens ", le vers 13 est composé d'une accumulation de noms ; ces parfums orientalistes sont forts, imposants, entêtants (" riches ", " triomphants " (vers 11)).
CONCLUSION
L'homme se laisse bercer par la Nature, à la fois familière et impressionnante. Puis tout s'achève, l'homme est comme sous l'effet d'une drogue (voir les " Paradis Artificiels " de Baudelaire) et se laisse aller à un doux délire parfois inquiétant. Voir aussi " Le dormeur du Val " de Rimbaud.
Départ
Les arrêts de la vie
Les "arrêts de la vie" seraient donc pour Rimbaud ce qui l'arrête dans la vie, fixe son intérêt, mais en le rattachant à l'existence commune. Les mots "rumeurs" et "visions" désigneraient selon cette interprétation des moments d'extase ou du moins des moments privilégiés (d'où l'interjection laudative : "Ô Rumeurs et Visions!"), moments poétiques où il jouit du monde tel qu'il est, mais qui l'empêchent de marcher à l'Inconnu ("l'affection et le bruit neufs"), de rompre radicalement avec son existence actuelle! Dans ce sens, "arrêt" serait l'exact contraire de départ, mouvement. D'autre part, l'expression pourrait désigner de façon plus figurée les crises de la vie, l'inertie morale, l'enlisement dans la monotonie du quotidien, le désespoir.
Assez eu
La banalité du verbe, la phonétique déplaisante de l'hiatus, le caractère elliptique de la forme verbale auraient dû dissuader un poète de s'exprimer ainsi : "quel styliste oserait écrire "Assez eu"? Dans sa thèse sur Le Poème en prose de Baudelaire à nos jours (Nizet, 1959, p.183), Suzanne Bernard met en valeur l'audace de cette tournure bizarre, dans un passage où elle conteste la tendance des commentateurs à saluer dans certaines Illuminations (Conte, Royauté, Aube, Vagabonds ... ) des "procédés d'art relevant d'une stylistique éprouvée" et une cohérence qui les singulariserait dans le recueil. "Ainsi pour Départ — écrit-elle — où M. Fontaine (Génie de Rimbaud, Delagrave, 1934, p.60) admire avec quel art Rimbaud joue des reprises de mots ("Rumeurs" et "visions") et commence chacun de ses trois alinéas par la même tournure syntaxique et le même participe en -u. De telles remarques ne sont pas injustifiées, surtout si l'on admet que les Illuminations ont été composées à des intervalles de temps assez éloignés, et peuvent donc refléter des conceptions esthétiques assez différentes. Mais il faut ajouter aussitôt que les poèmes en question, si réconfortants soient-ils pour les tenants de l'esthétique "conformiste", ne sont ni assez "logiques", ni assez "artistiques" pour détonner dans l'ensemble du recueil, qu'ils ont plus de points communs avec les autres Illuminations qu'avec la poésie académique [...] : la concentration, les brèves formules de Départ, son arrêt brusque sur deux monosyllabes, tout cela porte la marque propre de Rimbaud — et quel styliste oserait écrire "Assez eu", oserait associer "l'affection et le bruit neufs"?
Départ dans l'affection et le bruit neuf
" ...ce n'est pas un départ vers, mais un départ dans , comme si l'intention entraînait un monde avec soi, un monde neuf. Le départ de Rimbaud doit être un absolu commencement.
Le Mal
I. Peinture et dénonciation de la guerre
a) Le carnage
- Ce poème peint l'horreur et la boucherie de la guerre. Il la dénonce sur un ton virulent. Cf. Candide Chapitre 3 "boucherie héroïque" très forte antithèse. Juxtaposition de deux termes antithétique dévalorisation de la valeur de l'héroïsme ; Voltaire dénonce la complicité de l'Eglise et du Roi. Rimbaud la décrit ici dans le 2ème quatrain v.1 à 6.
- Dès le v.1, la métaphore "les crachats rouges" donne le ton du poème.
- Importance de la place de "crachat". Un mot aux sonorités dures, terme très vulgaire et trivial, qui évoque le désagréable, le dérangement et le réalisme.
- "Crachat rouge" évoque le sang, opposition entre le ciel bleu..., l'or, le vert. Le canon crache du feu en 1870. Le mal a la couleur du feu, du sang, et de la haine.
- Nous avons un enjambement entre le vers 1 et 2 qui met en valeur le sifflement. Pour évoquer la vision et l'ouïe avec des sensations visuelles et auditives. Trajectoire du crachat du canon.
- Le rouge du vers 1 est repris par écarlate v.3, c'est plus pathétique.
- Sonorités dures : allitérations en - "r", ("crachat, raille, croulent") -"f", ("infinie, fumant) - "sse", ("masse...")
- Sensation visuelle "rouge" et auditive agressive.
b) Déshumanisation des hommes
- Vue du ciel proposé par Rimbaud dans les 6 premiers vers est un champ de bataille.
- Les couleurs en écarlate les troupes françaises et en vert les troupes prussiennes. Une fois recouverts d'un uniforme, ils deviennent des pions et perdent toute individualité car c'est une masse. V.6 "fait des hommes un tas fumant".
- Transformation terrible des hommes en un tas fumant. En fait, des hommes transformés dans un tas calciné cendre mort.
c) La souffrance des mères
- La mère donne vie et ne veut pas que ses enfants se fassent tuer : Les mères sont ramassées dans l'angoisse" v.12
Le rejet qui met en valeur cette expression "ramassées" et "Dieu" reste "zen". Dieu est complice et indifférent à la guerre.
Les mères pleurent l.13 "...pleurant...". Elles sont pauvres et en deuil car elles portent du noir : "...vieux bonnet noir...". - --- Elles demandent la protection de Dieu en leur donnant un sous l.14 "...un gros sou...".
- Une guerre sale et méprisante qui déshumanise les hommes et qui tue la vie et fait pleurer les mères face à cette vision dantesque de Dieu.
- La présence de Dieu peut surprendre et ne pas surprendre car Rimbaud a été pratiquant.
- Ici, il attaque directement Dieu, et avec le titre, Dieu fait le mal : le diable.
II. La satire de Dieu et de la religion
a) Fortes antithèses
- Le verbe "rire" de Dieu se rapproche du verbe "railler" du Roi.
Dans ce poème, il ne cite qu'une seule phrase qui montre bien la simultanéité du carnage et de Dieu qui rit.
- Dans ce texte, il y a une forte antithèse :
Au rouge du sang, Rimbaud oppose l'or des églises v.10 : luxe de l'église : "Nappe canassée", "grande", "calice d'or" qui s'oppose à la pauvreté du peuple "vieux bonnets...".
- Niveau auditif : Intonation de la guerre son meurtrier, dure antithèse avec "siffle, écarlate...".
L'intonation de l'église son doux, agréable et mélodieux.
- Niveau olfactif : opposition entre l'odeur de l'église "encens" et de la guerre "un tas fumant"
b) Richesse de l'Eglise
- L'église catholique est un lieu luxueux enrichi par la pauvreté du peuple, fermé à l'espoir.
- Façon très irrespectueuse anticlérical. Quant aux mères, elles ont la foi. Leur ultime repas est Dieu. Elles sont prêtes à donner tous ce qu'elles ont pour sauver l'âme de leur fils. Les mères "donnent" (insistance en tête de vers, et un point d'exclamation) un gros sous (toute leur richesse) en même temps.
c) Indifférence du Dieu
- Rimbaud est révolté par l'indifférence de Dieu face à la générosité des mères par le point d'exclamation.
"Un gros sous dans un mouchoir" tout au singulier ce qui met en valeur la pauvreté de ces mères. L'église complice de la guerre, pleine de richesse, et aussi le mépris des femmes.
III. La sérénité de la nature face au carnage
- La nature est évoquée essentiellement au vers 7 et 8 : le 2ème quatrain.
Rimbaud rend hommage à la nature. Nous sommes en été (belle saison), couleur verte, bleue (ciel). C'est une nature belle et généreuse.
"Ô toi qui fit..." v.8 la guerre
- La Nature crée la vie. Début de cette phrase en majuscule.
"Faire saintement" v.8 est un hommage de la Nature qui est sincère, pure, désintéressée. Pour Rimbaud, la nature est Dieu = divinité, valeur morale (Cf. Le dormeur du Val).
- Cette évocation de la nature est placée au milieu du sonnet, entre 2 aberrations humaines :
aberration de la guerre, culte de la force, aberration de l'église, culte du veau d'or.
Le havre de paix, la seule chose pure par le ton de la prière "Ô toi qui..." est la Nature. Position centrale.
CONCLUSION
Ainsi dans ce poème, Rimbaud dénonce de manière très virulente le mal de la guerre et de la religion.
C'est donc un texte non seulement de la guerre mais aussi de la société de son temps. Par contre, ce poème se montre très classique et très traditionnel en respectant les règles du sonnet et en développant le thème traditionnel de la Nature.
Ma Bohème
(fantaisies)
I. Images du voyage
a) Le titre
- Le titre évoque un voyage sans itinéraire précis donc une errance selon le hasard et la fantaisie
b) L'expression du déplacement
- Elle se fait par les verbes: au vers 1"Je m'en allais" : sans précision du lieu. Le temps est l'imparfait à valeur durative. Des lieux sont cependant indiqués "sous le ciel", "mon auberge", "au bord des routes" : images traditionnelles du voyage même si ces indications sont vagues. Mise en valeur de "sous le ciel" avec la césure.
c) Vagabondage
- Vagabondage heureux et insouciant qui domine le poème avec une idée de joie puisque ce voyage n'a aucun but, aucune contrainte donc insouciance du voyageur. Il semble privilégié le voyage nocturne "Grande Ourse"; on a l'impression qu'il se fond dans la nature.
II. Le voyage, inséparable de la poésie
a) Le voyageur est un poète
- Dès le titre, nous observons "Ma Bohème" : Il est question de sa vie et individualise ce voyage. Le mot "bohème" établit un lien avec les milieux littéraires. Champ lexical de la poésie "Petit Poucet rêveur", "Muse".
b) La poésie, passe-temps du voyageur
- Champ lexical "rime" mis en valeur par l'enjambement, "rimant" participe présent donc l'action est en train de se faire. La poésie est l'activité essentielle du jeune voyageur.
- Association "lyres" - "élastiques" qui représentent des cordes. "lyres", instrument qui symbolise le poète. Le voyageur est soumis à une divinité inspiratrice "j'étais ton féal". Ces images de la poésie révèlent la jeunesse du poète.
c) L'expression poétique du voyage
- Rimbaud nous montre que tout est soumis à une métamorphose; d'ailleurs il est d'abord "féal" puis "Petit Poucet".
- Autodérision, autoportrait par les vêtements troués : il montre qu'il est au dessus de tout ce qui est matériel et emploie un vocabulaire trivial. Métamorphose des lieux concrets en lieux magiques. Importance du thème stellaire "Mes étoiles". Rimbaud metaphorise les étoiles comme autant de présence féminine "frou-frou".
III. Raisons du rapprochement voyage-poésie
a) La poésie et le voyage permettent d'accéder à des mondes nouveaux
- L'ailleurs "ombres fantastiques". Cela suggère aussi de nombreuses sensations "je les écoutais", "je sentais".
b) Poésie et voyage = liberté et création
- "je m'en allais" : liberté mais aussi caractère illimité et infini de ce voyage. Refus des contraintes poétiques même s'il s'agit d'un sonnet mais beaucoup de liberté par prosodie classique : ton de fantaisie. Mélange de registres lexicaux : "culotte" opposé à "idéal".
- Beaucoup de ruptures dans les alexandrins + enjambements, rejets. "Oh! là! là!" : amusement de Rimbaud
CONCLUSION
Ce poème révèle les orientations futures de Rimbaud.
Ce voyage initiatique est en dehors des règles de la poésie traditionnelle et préfigure l'expérience du Bateau Ivre.
Aube
I. Le silence, pas de mouvement (l.1 à 3)
- 1ère phrase = conclusion du rêve. 1er sens d'embrasser = prendre dans ses bras. C'est une sorte de cri de victoire après l'exploit du poète.
- Le récit commence à la l.2. La vision du poète s'ouvre à une vie somptueuse : « palais », « pierreries », mais « morte ».
On sent un calme et un silence omniprésents dans le poème :
- sons : beaucoup de « é », de « ié » sons qui se répondent, en écho
- rythme calme
- pas de mouvement (« rien ne bougeait », l.2).
II. L'éveil du jour et des animaux par l'auteur (l.3 à 9)
- L'auteur est acteur c'est lui qui va éveiller (l.3) les choses et qui fait partir la nuit.
- « Haleines vives et tièdes » = animaux / « pierreries » = rosée ou yeux des animaux / « ailes » = oiseaux ou ailes de la Nuit qui s'en va métonymies : ailes, haleines.
- « Frais et blêmes éclats » = lumière qui se lève et qui se voit à travers les arbres (« frais » car il fait froid à l'aube). C'est un oxymore : « blêmes éclats ».
Tout dans la nature correspond seul le poète comprend ces synesthésies.
- Le poète comprend ainsi par exemple le 'langage des fleurs' : « une fleur qui me dit son nom ». Il parle aussi avec les animaux (« coq » à qui il dit que l'aube arrive ; = contraire).
- Cascade = chevelure de la déesse (personnification avec « s'échevela » qui se dit pour quelqu'un) / « cime argentée » = lumière qu'elle amène avec elle.
III. La course après le jour (l.10 à 13)
- C'est le début de la poursuite après l'aube.
- Saisir la déesse = créer le jour (c'est son rêve).
- « Voiles » = chaque minute que le jour gagne sur la nuit. Il lève ces voiles de la nuit.
- Bribes de phrases, sans verbes principaux morceaux marquants du rêve.
- Gibier / chasseur « elle fuyait » (le poète est près de réaliser son rêve).
- Décors qui se mélangent : « allée », « plaine », « ville ».
- Aube : « clochers », « dômes », différent de lui : « quais ».
- Ville imaginaire « quais de marbre » + « clochers » + « dômes » = Venise très certainement.
- « Mendiant » il a une quête, il essaie de trouver sa fortune.
- « Chassais » = course ininterrompue.
IV. L'auteur attrape le jour ... puis se réveille (l.14 à 17)
- « Bois de lauriers » (l.15) Apollon (dieu des arts -dont la poésie-, de la lumière, de la divination, de la médecine ; ˜ connaissance) avait une couronne de lauriers.
- Dans le bois de lauriers, il réussit son rêve / « immense corps » absolu, vérité, connaissance.
- Envie de connaissance, de tout savoir. Fin du poème : consécration / chute.
- Etre le créateur (du jour), tout savoir impossible, même pour le poète.
- Lorsqu'il la rattrape, c'est le jour sa 'mission' est terminée, c'est pour cela que le poète « tombe ».
- L'auteur s'est endormi dans un bois et a fait un rêve. Lors de son réveil, il est midi : le jour est donc à son paroxysme et la chaleur est très forte raison de son réveil ?
- Poème complexe : « enfant » (l.16) il le décrit à la 3ème personne alors que tout le reste du poème est à la 1ère personne « je » c'est une double personnalisation de Rimbaud.
- 2 mètres fixes : 1ère et dernière phrases du poème (octosyllabes).
CONCLUSION
- Rimbaud, dans Aube, désir étendre les pouvoirs de la poésie à l'exploration de l'inconnu et rêve comme lui d'une langue poétique nouvelle. Rimbaud bouleverse le genre de la poésie en se faisant voyant et en libérant le langage de la contrainte du sens précis.
- Le mot « Aube » tiré des Illuminations évoque sous la forme d'un rêve cette quête de l'absolu, au cours de laquelle le poète croit savoir se rendre maître du monde grâce à une poursuite systématique et acharnée qui se solde par une désillusion.
- Cette aube d'été que le poète veut posséder avec un peu trop de violence, figure la poésie nouvelle qui permettrait d'exprimer l'indicible, objectif auquel il s'est jusqu'à présent consacré.
- Si le poème s'achève sur un constat d'échec, Rimbaud affirme pourtant que dans cette entreprise, il est allé plus loin que les autres, mais finalement, incapable d'admettre les limites qu'il rencontre, il finira par renoncer à la quête (midi, métaphore de l'âge adulte, sera l'heure du départ et du silence).
- Une question reste en suspens : est-ce un conte ou un récit de rêve ?
Le Livre de ma mère
I. Nostalgie du paradis perdu
a) Invocation de la mère
- Le narrateur s'adresse à elle à trois reprises : " Maman de mon enfance, auprès de qui je me sentais au chaud ", " Maman, qui fus vivante et qui tant m'encourageas ", " Maman, de là-haut, vois-tu ton petit garçon... ? "
- Le narrateur l'invoque à la deuxième personne et en même temps l'évoque à la troisième personne (" ses tisanes ") : elle est à la fois présente et absente, toujours vivante et à jamais perdue...
- Le texte marque un retour du fils-narrateur (âgé de 59 ans) vers le paradis de son enfance, vers l'âge de dix ans qu'il ne veut pas dépasser : " vois-tu ton petit garçon obéissant de dix ans ? ".
- La mère apparaît donc comme celle qui permet la survivance d'une part d'enfant dans l'homme
b) Litanie du regret
- La première partie du texte est rythmée par une sorte de litanie lyrique exprimée par l'anaphore du " jamais plus " (qui revient quatre fois), par le ô lyrique : " O meubles disparus de ma mère " (p. 51) et par l'imparfait de répétition, d'habitude, tandis que la seconde partie sera structurée par l'anaphore de " je la revois " ou " je revois " (7 fois).
- Le regret des petits bonheurs de l'enfance ombre le texte de poésie, ce qui masque un temps la pauvreté et l'exclusion sociale dont l'enfant et la mère sont victimes.
c) Poésie de l'enfance
- Le narrateur fait appel à toutes les sensations pour faire resurgir ce paradis perdu : visuelles bien sûr (" l'ombre de la table du salon sous laquelle je me croyais un chef arabe ", etc.), mais aussi olfactives (" odorante armoire aux piles de linge à la verveine "), gustatives (" ses tisanes ", " sa belle armoire de cerisier [...] sombre et fruitée de confitures "), auditives (" son trousseau de clefs qui sonnaillaient au cordon du tablier ") et tactiles (" je me sentais au chaud "
- Cette première partie est saturée par une impression de sécurité totale que traduisent les adjectifs : " chaud, rassurantes, calme, réconfortante, donneuse de force ", les verbes " m'encourager aveuglément ", " avec d'absurdes raisons qui me rassuraient " (p. 51-52) et les métaphores liées à la notion de maîtrise et de mérite : " son trousseau de clefs [...] qui étaient sa décoration, son Ordre du mérite domestique ".
- D'autres métaphores parcourent le texte pour évoquer le paradis perdu du royaume de l'enfance dans l'ombre de la mère nourricière : " sa belle armoire de cerisier que j'ouvrais tous les jeudis et qui était mon royaume enfantin, une vallée de calme merveille, sombre et fruitée... ", métaphore renforcée par l'harmonie des sonorités (notamment : m/v/l/r).
II. Distance ironique
Si le narrateur se remémore son enfance comme un paradis impossible à retrouver et s'il idéalise sur le mode lyrique la relation fusionnelle qui l'unissait à une mère totalement dévouée, il ne manque pas cependant d'apporter un contrepoint à cette harmonie en introduisant une note plus discordante : le rôle du médecin met en lumière -a posteriori- le manque maternel et l'exclusion sociale.
a) Révélation de l'exclusion sociale
- L'enfant remarque l'effet des visites du médecin sur sa mère " émue ", " vivifiée ", " plus distinguée " (temps de la narration), mais seul le narrateur adulte peut comprendre les raisons d'une telle transformation : " ces visites payées, c'était un événement mondain, une forme de vie sociale pour ma mère " ; " il laissait tomber du haut de son éminence des considérations politiques, non médicales, qui réhabilitaient ma mère ".
- La métaphore de la lèpre révèle la quête de reconnaissance et l'exclusion de la mère : " ôtaient, pour quelques minutes, la lèpre de son isolement ". Le médecin vient autant guérir la souffrance morale de la mère que la douleur physique du fils ; il apporte à la mère ce que le fils ne peut lui donner : un semblant de vie sociale.
- C'est toujours le narrateur adulte qui fait des suppositions sur ce que sa mère pouvait ressentir ou penser ; rien, dans le texte n'autorise à penser qu'elle lui en ait parlé, comme le montre la locution adverbiale : " Sans doute se rappelait-elle alors que son père avait été un notable ". L'importance du temps de l'énonciation dans ce texte frappe d'autant plus que le narrateur semble quêter l'approbation du lecteur, et renverser les rôles : la mère apparaît comme une enfant " rougissante " (p. 53) et admirative : " Que c'était beau, n'est-ce pas, pauvre Maman si peu blasée, si sevrée des joies de ce monde ? ".
b) Rivalité et ironie
- Le narrateur ne cesse de souligner l'admiration que mère et fils portaient au médecin (" que nous admirions éperdument ", " qui nous paraissait la merveille du monde ", " et dont j'adorais tout " et développe le champ lexical de l'adoration mystique : " serviette neuve à laquelle il avait droit divin ", " cette nécessité magique ", " le talisman de l'ordonnance ", " l'inspiration du grand homme en transe de savoir "...
- A l'admiration enfantine du temps de la narration succède l'ironie du temps de l'énonciation : le narrateur dévalorise au plus haut point le pauvre médecin qu'il abreuve d'insultes : " un pontifiant crétin parfumé ", " sonore niais ", " le crétin médical ", et d'antiphrases répétées : "il me prenait génialement le pouls tout en tenant génialement sa belle montre dans sa main "
- Sans négliger la dimension comique de cette description sarcastique, on peut néanmoins se demander pourquoi le narrateur adulte s'efforce de ridiculiser cette innocente victime médicale, si ce n'est par dépit, par jalousie inconsciente. Alors que le fils-narrateur ne cesse d'évincer le père de ses écrits autobiographiques, lui conférant, de textes en textes, une place de plus en plus restreinte et de plus en plus anodine, il affronte alors un autre rival en la figure du médecin qui vient troubler l'osmose mère-fils et qui vivifie la mère, la séduit et lui rend son innocence de jeune fille : " je la revois, charmée, émue, jeune fille, le raccompagnant à la porte [...], rougissante " (p. 53). Si la perception de la scène par le personnage de l'enfant et par le narrateur adulte semble s'opposer (admiration d'un côté, mépris de l'autre), on peut cependant penser que ce dernier ne fait que mettre au jour, sous couvert d'humour, le sentiment de rivalité jalouse qui s'était instauré à l'époque entre l'enfant diminué (malade) et le médecin trop valorisé. Deux autres dimensions de l'autobiographie se révèlent donc ici : retrouver le temps, le bonheur perdus et se venger des blessures de l'existence.
Lambeaux
I. La naissance du projet d'écriture
a) D'abord exprimer sa gratitude aux inspiratrices
- Portrait conjoint, construit à l'aide parallélisme (2 adjectifs nominalisés séparé par et) et antithèse (vide/présence) semble dessiner silhouette d'une seule maman à qui il doit tout.
- Elles sont différentes mais forment un tout et Juliet honore leur mémoire par le récit.
- Possessif "leur" (4 fois) et pronoms "elles" (2 fois) les confond dans hommage commun qu'elles méritent "l'une et l'autre" (égalité par delà les différences).
- "orbe de leur douce lumière" : évocation relation avec la mère : protection f½tale et apparenté à une Sainte.
- Dimension aussi pathétique : "Esseulée, étouffée, jetée dans la fosse" : gradation souffrance présente mère bio femme absente et solitaire, jamais connue.
- "Vaillante, valeureuse, tout donnée" : vocabulaire laudatif présente mère adoptive, femme résistante, générosité intégrale.
b) La genèse de l'½uvre
Le programme du livre :
- Annoncé par injonctions infinitives (lg 12 - 19) comme sorte de pense-bête, Juliet se fixe un cadre, plan, objectifs en 2 paragraphes : le premier concerne sa mère et second met Juliet en avant : on passe de la bio à l'autobiographie
- Temps présent : origines projet (donc passé auteur) alors que futur : accomplissement action
Emergence du titre "Lambeaux" :
- Ce terme car l'auteur a pu reconstituer des fragments mais pas tout le puzzle : succession de morceaux vie, détaché uns des autres, l'enquête n'a pas pu tout lui dévoiler
- Idée souffrance, déchirure en lui-même : parcours douloureux pour Juliet et sa mère.
Les difficultés de l'écriture :
- L'auteur "lutte, combat" ("conquérir, abandonner... ") pour trouver ses mots : tentation ajourner projet, souffrances endurées et réveillés par l'écriture ("il remue en toi"), durée de rédaction (+ de 12ans).
c) Entre autobiographie et thérapie
- "il te vint, tu dois abandonner, tu songes, si tu parviens, il sera la preuve" : pacte autobiographique où Juliet s'adresse pas lecteur mais établie un contrat avec lui-même. Sorte de dédoublement entre celui qui chercher et celui qui veut abandonner.
- Champ lexical de la blessure violente ("gorge déchirée, fracturé ta vie, lacérer, arracher, blessure") se rapporte au titre : l'auteur veut se reconstruire lui-même.
- Ecriture : résultat d'un long combat pour la parole libératrice (gradation démarche : "narrer, relater, tenter d'élucider").
- Fils cherche à conquérir ce dont les mères furent tragiquement privées. Charles Juliet met des mots sur leurs silences, donne vie à ce qu'elles ont tu. ("Se dire, se délivrer, se faire exister dans les mots" : gradation suggère que sans mots on peut être privée de vie).
- Fil étroit unit par langage, Juliet à la mère : lien vital qui les ressuscite par son écriture ("tu les tirera de tombe, elles se lèvent en toi") et "tu leur parle" montre que livre permet dialogue réciproque.
- Combat pour la survie et la délivrance : Juliet s'est "affranchi" de son passé pour regarder avenir : l'écriture a un rôle thérapeutique.
II. Un hommage vibrant plus universel
a) L'auteur comme porte-parole
- Glissement : de "elles", J passe à "cohorte des bâillonnés, mutiques, exilés des mots".
- Puis élargissement et généralisation solennel qui finit par faire défiler tous les réprouvés.
- Alternance entre présent et passé composé : vérité générale et continuité dans le temps.
- Hypotypose (image crée dont on se persuade qu'elle existe réellement) initiale ("lorsqu'elles se lèvent en toi") exprime de façon saisissante comment Juliet est habité par ses 2 mères.
b) Une écriture poétique
- Juliet quitte à la fin de l'extrait l'écriture romanesque pour entrer dans celui du poème en vers libres.
- Disposition typographique confère statut particulier à ces lignes qui ne forment d'ailleurs qu'une seule phrase, sans ponctuation
- Rythme binaire présent : dans anaphore "ceux et celles".
- Images riches et touchantes : "étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge".
c) Evocation lyrique d'une souffrance
- "cohortes" indique un nombre important, n'en finit pas et connotation militaire : combat que l'auteur veut mener.
- Répétition adverbe "jamais".
- "crèvent de mépriser et haïr" : verbes violents qui suggèrent impossibilité à vivre, vies entières détruites.
- "portent au flanc une plaie ouverte" image où on lira une allusion au Christ, rappel un personnage biblique qui fascinait la mère car elle souffrait et se sacrifiait pour les autres aussi.
- Accent pathétique en amplifiants plaintes et cris "jamais' éteints".
- Marque présence lyrique de l'énonciateur qui rappelle sa propre souffrance, rage intérieur comme si ses tourment personnels n'était pas entièrement dissipés malgré un chemin accompli avec la rédaction du roman.
CONCLUSION
- Importance de l'engagement de Juliet au pacte autobiographie se remarque grâce aux termes violents.
- Démarche apparaît comme un nécessité cruelle et difficile à remplir.
- Bio et autobiographie semblent devoir trouver les "lambeaux" afin de se reconstruire soi-même tout en rendant hommage au-delà de l'histoire familiale à tous ceux qui ont été dans la souffrance et privés de la parole.
Livret de famille
I. L'impression d'une réalité
a) L'objet de la photo
- La photo est le vecteur d'une reconstitution.
- On a affaire à l'examen attentif d'une petite photo, « à la loupe » donc minutieux et en détail, « scruter » donc il s'agit de discerner les moindres détails.
b) Ce que la photo nous montre de réel
- Description précise de la mère dans les premières lignes.
- Il se pose une question rhétorique : "Qui a bien pu prendre cette photo, un soir de l'Occupation ? ".
- Description des vêtements.
- Réalisme renforcé par la comparaison à un personnage célèbre et réel : Howard Hugues.
- Description du comportement, la mère lit, le père caresse le chien, présence de noms propres.
- Précision sur la date.
- Emploi de l'imparfait, sans passé simple, restitution dans la durée.
II. Recourt à la fiction et à l'imaginaire
a) La greffe d'une fiction
- L'auteur va greffer une part de fiction pour faire revivre le quotidien de ses parents.
- Utilisation de limites, manque d'information, flou : "dont je ne saurai dire la race", "J'imagine", Patrick Modiano utilise la fiction pour donner vie à la photo.
- De nombreux modalisateurs marquant la présence subjective du locuteur dans l'énoncé parcourent le texte : "Sans doute", "dont je ne saurai dire la race"...
ces modalisateurs montre sa carence, son recours à l'imagination pour combler ses lacunes.
- Il s'identifie à son père, à sa mère.
b) Les extrapolations du narrateur
- D'une photo, d'une scène figée on passe à la description d'une époque par des extrapolations :
- de temps : "un soir" / "soirs" / "quelques fois"
- de lieux : "le salon" / "la salle à manger du quatrième" / "au théâtre" / "le trottoir" / "les arcades" / "Paris de l'Occupation", généralisatio
- d'activités : "un livre à la main" / "ils écoutaient la radio" / "ils parlaient" / au théâtre avec "s'enfuirent", "continuaient à rire".
c) L'atmosphère de l'époque
- Originalité de l'½uvre qui décrit une époque prénatale et semble ressentir à travers ses parents l'angoisse qui plane.
- Tout semble éphémère et changeant : "fou rire" / "la peur", antithèse :"ombre" / "lumière", chiasme jouant sur ces mots : "ombre à une lumière trop crue et de la lumière à l'ombre".
- Métaphore comparant les parent de Modiano à des papillon, pouvant aussi bien être synonyme de la liberté, l'éphémère que des idées noires.
CONCLUSION
- L'auteur s'appuie sur la manière objective pour s'efforcer de renouer une époque qu'il n'a pas connu : "Dans la vie ce n'est pas l'avenir qui compte, c'est le passé".
- Les failles de la réalité ne peuvent être comblées que par le travail de l'imagination.
- L'autofiction permet de dépasser l'opposition entre réalité et fiction en faisant voler en éclat la notion du vrai et du faux.
W ou le souvenir d'enfance
I. Une quête autobiographique difficile
a) Une absence de souvenir
- Phrase lapidaire, "Je n'ai pas de souvenir d'enfance" : autobiographie négative, provocante, paradoxale, ambiguë qui met en échec le genre autobiographique en plus du titre, "W ou le souvenir d'enfance".
- Les premières lignes s'apparentent à un sommaire : pas de mots de liaison, procédé de l'asyndète.
- Résumé fragmentaire et expéditif de son enfance par des ellipses.
- Son histoire est difficile, douloureuse, donc l'écriture l'est aussi. : retrouver et assumer la mémoire perdue que l'enfant s'est efforcé d'oublier.
- Métaphore filée scolaire de l'exercice avec le souvenir, absence paradoxale de souvenirs.
- Champs lexical de la quête du passé : "je me souvins", "Je retrouvai plus tard".
- Passé composé, "j'ai perdu mon père à quatre ans, ma mère à six ; j'ai passé la guerre" : renvoie à un passé révolu.
b) L'Histoire à la place de son histoire
- Jeu de mot "l'Histoire avec sa grande hache", Le "je" dépossédé de la parole à cause de l'Histoire.
- Référence à l'holocauste, "la guerre, les camps" : massacres de la Shoah, fours crématoires à la suite de la conférence de Wannsee.
c) La difficulté de raconter
- Négation suivi d'un vocabulaire mélioratif : "Cette absence d'histoire m'a longtemps rassuré"
- Reprise en opposition des termes, "sècheresse", "objective", "évidente" : des expressions qui font paravent aux horreurs de l'enfance
- Accumulation de groupes nominaux, "de mon histoire vécue, de mon histoire réelle, de mon histoire à moi" : l'insistance à répéter cette formule peu précise confirme l'impossibilité d'aller au-delà.
- Dilemme autobiographique : "ne sait pas ce qu'il craint ou désire le plus : rester caché, être découvert", double dilemme.
- Anaphore avec "une fois de plus" : insistance sur la difficulté autobiographique.
II. Une fiction
a) Histoire de W
- W est un moyen pour l'auteur de reconstituer la trame de son existence : parodie des récits utopiques par une contre utopie
- C'est donc une histoire qui renvoi à l'imaginaire, à la fiction : "j'inventai, racontai"
- C'est un univers disparu, il souhaite reconstruire sa mémoire détruite : "je réinventai"
- Chiasme éloquent présentant W comme un moyen intermédiaire de raconter "W ne ressemble pas plus à mon fantasme olympique que ce fantasme olympique ne ressemblait à mon enfance".
b) Histoire avec sa grande hache
- L'histoire de W est en rapport directe avec l'idéologie nazi qui privilégiai par de la propagande le sport avec les jeux de Berlin, la race supérieure aryenne : "la vie d'une société exclusivement préoccupée de sport".
- Evocation indirecte de sa mère à travers les camps de concentration
- Son récit fictif ramène à sa réalité vécue.
c) Histoire de Perec
- En mélangeant autobiographie et fiction il tisse les liens pour comprendre son enfance : "le réseau qu'ils tissent".
- Chiasme, "le cheminement de mon histoire et l'histoire de mon cheminement" : l'auteur s'appuie sur W pour reconstruire son histoire.
CONCLUSION
- L'auteur éprouve une réelle difficulté à retrouver son passé dont l'absence le protégeait.
- Dans une entreprise autobiographique il y a obligatoirement une part de fiction : on reconstruit les souvenirs.
- Ici George Perec a recourt à un récit fictif qui l'aide à retracer son histoire perdue.
Scène d'exposition
I. Une scène d'exposition
a) Importance des didascalies :
Les premières didascalies indiquent le décor (de manière lapidaire), puis l'attitude du premier personnage :
- ses gestes : « essaie d'enlever sa chaussure »
- la difficulté éprouvée : "en ahanant", "en haletant", "recommence"
D'autres didascalies (+ de 20) qui ponctuent le texte, sont en italique ou entre parenthèses.
Elles indiquent :
- des gestes, attitudes : "il tend la main à Estragon"
- des manières de s'exprimer : "avec irritation"
- Le nombre des didascalies souligne l'importance accordée par l'auteur au respect de la manière dont il conçoit le jeu des acteurs et la mise en scène.
b) Les informations
- Nom d'un personnage : Vladimir se parle à lui-même
- Leur lien : évocation d'un passé commun marqué par une séparation (l.11) et plus heureux que le présent
- Leur conditions de vie : elles sont précaires. Les 2 personnages se trouvent dehors, le "soir", sur une "route de campagne", sans domicile puisque Estragon a passé la nuit dans un "fossé"
- Leur aspect physique : il semble peu reluisant par la chaussure trop étroite
c) Bilan
Rien d'essentiel, grandes imprécisions ; lecteur et spectateur restent sur une impression d'attente , une curiosité non satisfaite.
II. Caractère du dialogue
a) Références vagues à un passé commun
- Evocation de leur jeunesse, d'un passé plus heureux, "On portait beau alors" d'un passé où le suicide était encore possible avec le saut de la tour Eiffel, par opposition à un "maintenant" où les 2 personnages semblent s'être résignés à leur sort.
- Bilan : apport d'infos fragmentaires et imprécises.
b) Des remarques éparses et « déplacées »
- Jugement porté sur une situation mal connue du lecteur ou spectateur :
Ex : "à quoi bon se décourager à présent"
- Réponse à une question sur un geste immédiat : Ex : "Je me déchausse"
Reprise sous forme indirecte d'une question : Ex : "Tu as mal ?-Mal ! Il me demande si j'ai mal !"
- Bilan : échange stérile qui semble meubler le temps et révéler l'inanité du discours.
c) Un véritable échange de propos ?
- Expression de sentiments : Ex : "Je suis content de te voir....Moi aussi"
- Interrogation sur le passé immédiat : Ex : "Peut-on savoir où monsieur a passé la nuit ?-Dans un fossé"
Demande d'aide : Ex : "Aide-moi à enlever cette saloperie"
- Bilan : échange trop réduit pour construire du sens.
III. Une double tonalité
a) Un comique de gestes
Lutte difficile d'Estragon avec sa chaussure.
b) Un comique de mots et de situation
- Quiproquo sur la polysémie d'un mot ouvre la pièce, Estragon ne parvient pas à enlever sa chaussure : Ex : "Rien à faire"
Vladimir qui comprend cette phrase comme une réflexion générale sur la vie enchaîne : "Je commence à le croire... "
- Décalage entre la situation de retrouvaille des 2 vagabonds sur la route, le soir, et : expression de sentiments , volonté de fêter leur retrouvaille, fausses mondanités
c) Le tragique
- De la situation des personnage
- Du vocabulaire : "résisté" , "le combat", "fossé", "t'a battu", "tas d'ossements", "jeté en bas", "as mal", "souffres"
- Du vide désespérant de ce dialogue renforcé par moments de silences et d'immobilisations
- Des appels au secours ambigus : "aide-moi" sans complément d'objet = appel à l'aide absolu, SOS existentiel
- Texte construit sur mélange des niveaux de langage et de réflexion (banalités, destin)
CONCLUSION
Texte représentatif du théâtre de l'absurde :
- Scène d'exposition "insolite" qui laissent planer des questions :
- qui sont ces personnages ?
- pourquoi sont-ils là ?
- quelle intrigue ?
- Sentiment de découragement et d'inanité qui se dégage de ce début.
- Représentation de 2 anti-héros, 2 bouffons qui ne parviennent pas à masque une profonde détresse, de 2 pantins cassés par la vie.
Scène typique
I. Des repères brouillés
a) Destruction de l'espace et du temps
- Fragilité des repères dans l'espace, incertitude sur le lieu : Estragon est dans le doute au début puis il est sûr de lui, "Tu est sûr que c'est ici ?" / "Pour moi, nous étions ici"
- Interrogation sur le temps, venue incertaine de Godot : "Il n'a pas dit ferme qu'il viendrait"
- Problème sur la saison avec l'arbre sans feuilles : "à moins que se ne soit pas la saison"
- Didascalies : "regardant avec affolement autour de lui comme si la date était inscrite dans le paysage"
- Crise de l'espace et du temps, Beckett brouille nos frontières
b) Des personnages atypiques
Difficiles à cerner sur le plan social,
- 2 vocabulaires : correct ou trivial, "Ah non, là tu te goures", "Pour jeter le doute, à toi le pompon"
- des vêtements : ils n'ont pas l'allure de vrais SDF
Ils sont interchangeables et changeants :
- accord au désaccord : "Je veux bien" / "Un arbuste" - "Un arbrisseau"
- assurance à l'hésitation : "Vladimir. - Mais tu dis que nous sommes venus hier soir. Estragon. - Je peux me tromper"
- passivité à l'agressivité : didascalies, "Un temps" / "Se fâchant"
- naïveté à l'ironie : "Il a dit devant l'arbre" / "Fini les pleurs"
Ce sont des anti-héros, effet de malaise, niveau du dialogue incohérent, naufrage du sens.
II. Dislocation du langage
a) Le dialogue
- Dialogue : communication impossible qui introduit le doute, la parole se délabre, la communication ne passe plus : crise de la communication.
- Un grand nombre de points de suspension, de points d'interrogation.
- Enchaînement des répliques, brièveté : procédé de la stichomythie.
- Obligé de faire de la communication seul "Tout de même... cet arbre... (se tournant vers le public)... cette tourbière. "
- Ils ergotent : "Un arbuste" - "Un arbrisseau".
- Vladimir s'énerve, "il se reprend", sa ne le fait pas rire, ils s'inquiètent des hésitations, ils tagiversent.
- Dialogue de sourd non traditionnel.
- Echec de la langue avec les silences.
b) Vide existentiel
- Absence d'action due à l'attente.
- On ne sait rien de Godot : dimension métaphysique, Ex : est-ce que Dieu existe?, est-ce que l'homme est libre?
- Le texte est parsemé par une thématique négative : "Il n'a pas dit ferme qu'il viendrait".
- L'attente, l'impuissance, le doute : "Tu es sûr que c'est ici ?", la mort : "il doit être mort" conclusion négative, l'erreur : "Qu'on s'est trompé d'endroit ?", l'absence : "Il devrait être là", le silence : "Un temps".
- Personnages symboles de l'humanité.
III. Mélange des registres
a) Humour comique : humour et dérision
- Le drame comique mêle humour, dérision et désespoir
- Comique de situation : ils sont entre un fossé où ils se font tabasser et un arbre mort.
- Comique de mot : "Fini les pleurs".
- Comique de répétition "Ou lundi ? Ou vendredi ?".
b) Désespoir : pathétique
- Ce rire conduit au tragique, la dérision mène au silence
Plein d'oppositions :
- sens / non-sens
- activité / passivité
- parole / silence
- comédie / tragédie
Le désespoir suscite le rire ou l'effroi du spectateur.
CONCLUSION
- Le Nouveau théâtre de Beckett met en scène des anti-héros, des bouffons, dans un décors brouillé et chargé d'incertitudes.
- Caractéristique de la farce tragique : une dislocation du langage, un mélanges des registre apportant à cette pièce une dimension à la fois métaphysique, comique et pathétique.
Couple Pozzo-Lucky
I. Plan dramaturgique
a) Pozzo un maître "dépassé" par rapport au premier acte
- Incohérence entre la parole et l'action : "Pozzo (s'arrêtant). – Je pars".
- Pozzo qui dans l'acte I s'exprimait avec éloquence est ici limité par des courtes phrases : "Du sable", "De chanter", par absurdités : "Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant , puis c'est la nuit à nouveau", antithèses "accouche" / tombe, "jour" / "nuit".
- Symbolique de la laisse qui au premier acte était plus longue pour éloigner Lucky et son odeur et qui au second acte est plus courte pour le guider : "Il tire sur la corde".
- Pozzo qui semblait maîtriser le temps au début se retrouve anéanti par celui-ci qui l'a rendu aveugle.
b) Lucky, un animal
- Il obéit de façon automatique à son maître : "Lucky s'ébranle".
- Il est chargé comme une mule : "Lucky, chargé des bagages".
- A cela s'ajoute l'absence de volonté et de révolte, tenant le fouet, symbole du pouvoir de son maître, Lucky ne pense pas même à s'en servir.
c) Le rapport maître valet
- Moqueur, porte-parole de l'auteur, auxiliaire.
Domination de Pozzo sur Lucky :
- objets : le fouet, la corde laisse, Lucky évoque l'âne et le mulet car il est chargé d'une valise de sable, absurdité
dialogue : construction d'asyndètes, "fouet !", "corde !", "en avant !", instrument, pantin
- gestes : déplacements, Pozzo suit Lucky, "Lucky s'ébranle, Pozzo le suit"
- position des personnages : Lucky vient se placer devant Pozzo, " Lucky, chargé de bagages, vient se placer devant Pozzo.
- Rapport limite SM avec Pozzo qui donne le fouet pour se faire battre.
- Pozzo par ses ordre, "Fouet ! ", "Corde !", apparaît sans humanité, Lucky est traité comme un animal.
- Caricature : Le maître est aveugle à la misère des autres.
- Au départ, ce couple semble traditionnel mais il se révèle être sans aucune complicité ni communication : cruauté.
II. Plan philosophique
a) Des brutalités, inégalités
- Beckett n'est pas un engagé : constat et dénonciation du rapport d'autorité, d'abus
Il balaye tous les aspects d'autorité
- Pozzo est le méchant acharné à torturer son animal
- Rapport familial avec le père
- Rapport hiérarchique
- Rapport de divinité
- Chez Beckett il n'y a pas de révolte possible, idée de fatalité
b) Impossibilité de communiquer
- Non communication entre Pozzo et Lucky, de plus, celui-ci est muet
- Dialogue plein de ruptures, ils ne peuvent pas se comprendre : question simple de Vladimir, "Depuis quand ? " débit de paroles pseudo-philosophiques sur le temps en guise de réponse
c) Impuissance de l'homme face au temps qui passe
- La vie est très courte : anaphore avec "jour", parallélisme.
Les ravages du temps et de la maladie atteignent les 4 personnages qui ont tous connu des temps meilleurs :
- Estragon : problème de pied
- Vladimir : problème de prostate
- Pozzo : aveugle
- Lucky : muet
CONCLUSION
- Beckett met en scène un couple sans complicité pour nous présenter sont constat de la condition humaine dans un rapport d'autorité.
- Une idée de fatalité se dégage dans les incontrôlables ravages du temps dont Beckett veut nous faire prendre conscience.
L'abbaye de Thélème
I. Description d'un monde idéal
a) Un monde fondé sur la liberté
- La devise résume le mode de vie des thélémites : "Fais ce que voudras"
- Champ lexical de la liberté : "bon vouloir", "libre-arbitre", "désir", "librement", "liberté"
- Antithèse avec "vertu" et "vice" : c'est une liberté individuelle qui pourrai mener à l'anarchie, cependant il y règne une harmonie due aux vertus des habitant : "bien nés, bien instruits, vivant en honnête compagnie", "vers la vertu et retire du vice"
- Il s'agit d'un monde de privilégiés, de vertus, où celles-ci sont présentées de manière laudative, hyperboliques : "il n'y avait personne parmi eux qui ne sût lire, écrire, chanter... "
- Liberté totale illimitée dans le temps : " toute leur vie "
- Rabelais rappelle l'importance de l'éducation dans son fragile système.
b) La population de l'abbaye
- Origine noble, c'est une élite de la société "bien nés"
- Excellente éducation "bien construit" importance de l'éducation
- Ils possèdent des qualités sociales : "conversant en compagnie honnête"
- Ces qualités s'expriment dans la vie de chaque jour, le groupe suit la décision de l'individu : émulation avec les "si", l'alternance singulier / pluriel évoque un dépassement de soi.
- Ils ont des connaissances dans divers domaines, ce sont des humanistes.
- Ils sont des activités raffinées, savent "lire, écrire, chanter, jouer d'instruments harmonieux", "chasser", " s'ébattre dans les champs "
- Les femmes peuvent pratiquer les mêmes activités que les hommes, en effet, elles vont chasser, cette idée est mise en avant par la récurrence de "portaient".
- Cependant hommes et femmes ne pratiquent pas des loisirs communs : les hommes = les armes et les chevaux et les femmes = la couture.
- Rabelais impose sa vie sur les thélémites.
- Ces qualités s'expriment aussi hors de l'abbaye, au dernier paragraphe le chevalier devient " le dévot de sa dame. L'homme lui démontre un total dévouement, il se consacre à elle, il lui voue sa vie.
- Les thélémites ont "par nature" le sens de l'honneur et de la responsabilité.
c) Parodie du monde merveilleux
- Absence de tentions
- Solidarité spontanée parles verbes "buvons" / "buvaient", "jouons" / "jouaient".
- Idéalisation de la vie collective, univers harmonieux, sans hiérarchie, image de la perfection, description d'un monde utopique.
II. La visée argumentative
a) Une abbaye contraire au classique
Critique de l'organisation de l'Eglise : l'abbaye présentée est en fait une anti-abbaye qui abolie toutes les contraintes monacales :
- la mixité : les hommes et les femmes se côtoient
- la chasteté : les mariages sont autorisés
- la pauvreté : l'auteur décrit une abbaye richissime avec de "belles haquenées, avec leur palefroi richement harnaché"
Les valeurs religieuses ne sont pas respectées :
- toutes les personnes sont égales, il n'y a pas d'obéissance
- l'abbaye n'est pas dirigée par un supérieur, il n'y a pas d'horaires stricts et de règlement précis
- il n'y a pas de tenue imposée.
- les gens peuvent sortir quand ils le veulent, contrairement à une abbaye typique close.
b) Des valeurs humanistes à défendre
- L'éducation idéale des humanistes qui regrouperai des disciplines intellectuelles, artistiques et physique avec de la musique, du chant, de l'écriture, de la chasse..
- Des valeurs morales telles que l'altruisme, la vertu, l'ouverture d'esprit, la recherche constante de l'épanouissement spirituel, l'appétit de vivre, le goût de vivre.
- Rabelais propose à travers son utopie, des progrès pour l'homme.
CONCLUSION
- Un lien avec sa propre vie de moine par son expérience personnel..
- Il fait une critique de l'église catholique de son organisation.
- Une critique de la noblesse du XVIème siècle qui passe son temps dans l'oisiveté, les plaisirs, en effet, il ya très peu d'allusion au travail dans ce texte.
- Confiance totale en la nature humaine, pas question d'admettre des notions de pêché originel.
Les Troglodytes
I. La parodie du conte et du mythe
a) Situation d'énonciation
- Conte oriental : "Il y avait en Arabie".
- Schématisé, généralisé, stéréotypé, manichéen : bon / mauvais.
- Antithèse : "injustices", "malheurs" / "vertu", "félicité".
b) Les personnages
- Evocation de l'amour : "la tendresse de leurs femmes, l'amour".
- Il est heureux : "heureux Troglodytes", "bonheur de ces Troglodytes", mis en parallèle avec le malheur des "premiers Troglodytes", "et leurs malheurs".
- La vertu a une valeur politique pour Montesquieu (L'Esprit des lois) qui aspire à un régime démocratique.
- Respect des devoirs.
- Singulier collectif, société unie, non individuelle.
- La campagne : "la vie champêtre", "la charrue", "les troupeaux"
Activité simple avec l'élevage.
c) Le mythe
- Registre laudatif avec une amplification : "ils s'assemblaient", "ils chantaient", "ils célébraient", "ils décrivaient", un éloge de cette société, une apologie des Troglodytes, un monde merveilleux.
- Le mythe de l'age d'or : Avant que Dieu se fâche, la nature fournissait tout, "La nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu'à leurs besoins".
- Le mythe de Noé : le texte fait allusion à 2 familles survivantes, élues.
- Le mythe du bon sauvage : l'homme était heureux avant l'accession à la propriété, "c'était de les partager".
II. réflexions philosophiques
a) Politiques et sociales
- Eléments indispensables à une société idéale.
- La vertu (politique et morale), une démocratie, pas de classes sociales, de hiérarchie, de chef.
- Vertu morale : l'altruisme car les troglodytes vont voir les Dieux pour les autres "ils ne savaient les désirer que pour leurs compatriotes", ils se font des cadeaux "ils se faisaient des présents", ils sont généreux.
- Respect de l'intérêt collectif, pas d'individualité, marqué par "le peuple", "ils", "on" : chez les Troglodytes, l'individualité n'existe pas.
- Société industrieuse : "repas frugal".
- Liens familiaux privilégiés avec un champ lexical de la famille : "pères", "frères", "femmes", "enfants", "filles" .
b) Critique de la religion
- Respect des Dieux, "ils célébraient les grandeurs des Dieux", qu'ils ne sollicites pas seulement lorsqu'ils sont en difficulté, pour eux-même.
- Les Troglodytes vénèrent plusieurs Dieux : contre le christianisme parfois intolérant.
c) Critique du régime
- Montesquieu, philosophe des Lumières, prône une démocratie sans un rejet de la royauté et propose une monarchie parlementaire : contre les abus de pouvoir.
- Les Troglodytes vivent heureux sans subir l'autorité d'un chef : Montesquieu dénonce sa société qui, selon lui, se met dans un esprit mineur et se laisse gouverner sans omettre d'objections.
- Il compare les personnages de son utopie ne semblent pas avoir d'opinion comme s'ils étaient sortis du même moule à ces contemporains.
CONCLUSION
- L'auteur utilise la forme littéraire de l'utopie qui s'apparente au conte pour critiquer implicitement la société en présentant un monde idéal qui est en fait l'image inversée de son monde contemporain réel.
- Dans ce siècle de contestation, les textes utopiques sont un prétexte et un moyen pour remettre en question la société de l'ancien régime : esprit contestataire de Montesquieu.
L'Eldorado
I. Description d'une societe ideale
a) Un univers inverse :
Tout l'univers d'Eldorado fonctionne sur les inversions par rapport à notre univers. Il ressemble en quelque sorte à un miroir de notre société.
- La garde est assurée par des femmes. C'est l'esthétique qui est mise en avant : "belles filles". La dimension féminine est donc accentuée.
- L'accueil est très luxueux : "tissu de duvet de colibri" ; "mille musiciens", "réception à souper", "carrosse".
- Les coutumes sont déconcertantes, nombreuses inversions : le caractère grandiose et le décalage entre le fait que ce sont deux voyageurs. La familiarité avec le Roi est très importante : "embrasser", "baiser des deux côtés".
- Il n'y a aucune prison. Le mal est inexistant à Eldorado, il n'y a donc aucun criminel, aucune justice. Tout va bien pour le meilleur des mondes.
- Les sciences sont très importantes, inversion sur le plan matériel.
- L'aspect esthétique est très important à Eldorado : on insiste beaucoup sur l'architecture, la beauté. Accumulation avec les fontaines. Il n'est jamais question d'aspects pratiques, on ne parle que de la beauté, tout est misé sur l'esthétique. De nombreuses références au visuel et à l'olfactif.
- Dans cet univers, tout fonctionne sur l'insolite, pour montrer que l'Eldorado est le meilleur des monde.
b) L'Eldorado, un paradis terrestre
- L'Eldorado est un monde parfait, merveilleux, un univers où tout est beau, un paradis sur Terre. Des hyperboles ainsi que des accumulations le prouvent.
- Toutes les images sont associées au luxe et à la richesse, axé sur le gigantisme, sur la richesse et la variété du matériau par exemple. Les fontaines sont répétées de nombreuses fois. L'abondance est exprimée avec des hyperboles : "deux cent vingt pieds de haut et de cent de large", "mille musiciens", "mille colonnes", "deux milles pas".
- Tout est parfait : superlatifs "prodigieuse", "le plus de plaisir". C'est un monde idéal, parfait.
- L'accueil chaleureux du roi explique une égalité entre Roi et citoyens. Le respect de l'étiquette n'existe plus mais la morale est respectée.
- Eldorado témoigne d'un grand intérêt pour les sciences, le savoir. Le Palais des sciences est gigantesque. Il est découvert à la fin par Candide, il est émerveillé "ce qui le surprit davantage". Le palais est gardé pour la fin car c'est le meilleur. Des hyperboles le caractérisent : "galerie de deux milles pas", "toute pleine d'instruments de mathématique et de physique".
- Il y a donc beaucoup à voir à Eldorado mais la description faite n'est pas très longue, laissant place à l'imagination. Il n'y a pas besoin d'en faire plus. Voltaire multiplie les indices pour que le lecteur ne prenne pas au pied de la lettre ce qui est dit. Il ne faut pas être aussi naïf que Candide.
II..Regard critique et prise de distance
a) Un univers douteux
- Candide est très naïf, c'est très important pour le récit. Il est trop attaché à ce qu'il voit et ne prend aucune distance ou n'émet aucun jugement. Il n'a aucun esprit critique, tout ce qu'il voit est considéré comme réel. Il n'est absolument pas surpris de ce qu'il voit, il n'est pas émerveillé, il ne se pose pas de questions.
- Candide a une attitude ridicule devant le Roi entre autre. C'est la question sur le cérémonial qui le ridiculise : "si on léchait la poussière", "si on mettait les mains ( ... ) sur le derrière". C'est très excessif et en devient ridicule.
- Voltaire crée une complicité avec son lecteur : Eldorado n'est qu'une utopie. Il insiste sur les perfections exagérées. A force d'être parfait, ça devient excessif, il en fait trop. Un jeu entre le conteur et le lecteur s'installe.
- Ce monde n'est pas parfait : il y a des limites à la liberté, à la tolérance. En effet, personne ne peut en sortir : il est isolé du reste du monde. Preuve que les utopies ont des limites. De plus, Cunégonde ne s'y trouve pas. C'est ce qui cause le départ des deux héros. Ce monde n'est pas tout à fait parfait, Cunégonde est absente.
b) Exposé des idées de Voltaire
A travers cette utopie, Voltaire expose un certain nombre de ses idéaux :
- Un monarque tolérant, proche de ses sujets.
- Une société fondée sur la courtoisie et le respect d'autrui.
- Aucune criminalité et donc, pas besoin de justice.
- L'égalité hommes femmes. Cette idée est celle des philosophes des lumières.
- L'argent n'a pas d'importance ( "ces cailloux et ce sable que nous nommons or et pierreries" ). L'or est nommé "boue jaune".
- Sciences développées, très importantes. En particulier les mathématiques et les physiques.
- Une société urbaine, dans une ville qui privilégie l'esthétique.
- Relativisme des sociétés.
- Des villes pensées pour être utiles et agréables : "grandes places, pavées d'une espèce de pierres qui répandaient une odeur semblable à celle du gérofle ou de la cannelle".
- L'idée de tolérance et de relativisme revient souvent. Voltaire fait aussi une critique implicite de l'optimisme : ce monde est excessif et faux. L'optimisme est du côté de l'utopie.
CONCLUSION
- L'ensemble du chapitre permet de nuancer. Au delà des apparences, il y a des imperfections : ce sont les limites de l'utopie. - - Voltaire nous indique ici qu'il ne sert à rien de rechercher une société idéale mais qu'il vaut mieux rechercher la société la meilleure possible. Il fait donc une satire de l'utopie. C'est un philosophe pragmatique, il refuse le dogmatisme (les idées sans preuves).
La tirade de Trivelin
I. Un exposé d'ordre informatif à l'usage du spectateur
b) Le rappel de l'utopie déjà évoqué par Iphicrate
- Rappel spatio-temporel : un lieu d'origine mythique : la Grèce (traditionnellement considérée comme le premier modèle de démocratie en occident), ici symbole de l'oppression des esclaves par les maîtres. Un lieu de refuge traditionnel dans les utopies : une île, protection idéale contre toute intervention du monde extérieur.
b) L'idée d'un progrès au sein même de l'utopie
- Introduction de la notion de temps : "vingt ans après".
- Originalité donc, dans la présentation de l'utopie, qui n'atteint pas la perfection d'emblée : nécessité de corriger la première attitude des fugitifs, dictée par l'esprit de vengeance (compréhensible, mais déraisonnable).
- On est au XVIIIme siècle (rôle primordial de la raison, valeur essentielle).
c) L'exposé du but de la pièce
- Le spectateur comprend, grâce à cette tirade, que la transformation imposée par Trivelin n'est que provisoire.
- Une période de trois ans est évoquée, mais le spectateur sait qu'au théâtre, le temps ne s'écoule pas comme dans la vie ordinaire (rétrécissement toujours possible). Le but de la pièce est donc clairement énoncé et il est d'ordre moral tout autant que social : la modification de comportement et de pensée des maîtres qui reprendront alors leur véritable identité.
- Mais le suspense est maintenu : nous ne savons pas quels moyens seront mis en oeuvre pour parvenir à cette modification ; nous ne savons pas non plus ce qu'il adviendra des serviteurs devenus maîtres l'espace de trois ans.
II. Un exposé d'ordre moral à l'usage des autres personnages
a) Le jeu sur les pronoms personnels
- Après avoir imposé sa présence de manière physique (en désarmant Iphicrate), Trivelin va s'imposer par le biais du langage. - - Il montre d'abord son autorité et son rôle par le jeu des pronoms personnels : emploi marginal de "je" : il se retranche bien plus derrière un "nous" qui renvoie à une collectivité à la fois connue et difficile à identifier, ce qui renforce le pouvoir du personnage.
- Ce "nous" s'identifie d'abord par la référence au passé : "nos pères", ils". Il s'identifie ensuite par opposition au "vous", qualifiant bien sûr Iphicrate et Euphrosine, mais, au-delà-, l'ensemble des maîtres qui échouent sur l'île.
- Le "nous" est en général sujet dans cette tirade, en particulier lorsqu'il s'agit de verbes d'action : "nous vous corrigeons", "nous vous jetons", "nous prenons", etc. "Vous" reste sujet de verbes d'état : "devenir", "êtes", impliquant la situation actuelle ou future des maîtres.
- "Vous" est également sujet de verbes à l'impératif : les anciens maîtres reçoivent des ordres !
b) les différents rôles de Trivelin
C'est ainsi qu'on peut noter les différents rôles de Trivelin, rôles qu'il jouera tout au long de la pièce.
- un père : cf. la première apostrophe : "mes enfants". Père des anciens esclaves qui se sont mis sous sa protection.
- un professeur qui dispense des "cours d'humanité", cette fois à l'égard des anciens maîtres, devenus ses élèves. Comme tout bon professeur, il prend note des "progrès" de ses élèves.
- un médecin : toute la philosophie de la pièce se trouve également présente dans ce terme : la mise en esclavage des anciens maîtres ne constitue qu'une étape, une sorte de remède qui leur permettra de guérir de défauts inhérents à leur condition de maîtres.
c) Une mise en scène : de Trivelin à Marivaux
- Un dernier rôle rapproche Trivelin de son auteur et créateur, Marivaux : Trivelin se trouve être le metteur en scène d'une situation qui vise à guérir les anciens maîtres de leurs défauts.
- On se rapproche ainsi de la conception qu'on se fait du théâtre au XVIIIme siècle (conception héritée d'ailleurs de l'antiquité gréco-latine) : le théâtre vise à rendre meilleur le spectateur, à lui faire prendre conscience de ce qu'il est (on parlait de catharsis à l'époque classique).
- Le spectateur s'identifie un temps au personnage qui joue devant lui ; la mise en scène voulue par Trivelin rend l'identification encore plus totale, puisque le maître perd totalement sa propre identité pour épouser complètement celle de son serviteur, mais le principe reste le même. Pour Trivelin comme pour Marivaux, le déguisement ne doit durer qu'un temps : l'ensemble de la pièce dure le temps de la représentation ; l'échange des identités entre les personnages ne durera que "trois ans" au maximum.
- De plus, cette mise en scène signifie que pour Trivelin comme pour Marivaux, ce n'est pas la personnalité du maître qui le rend violent et injuste, mais seulement sa situation sociale : il suffit qu'il endosse le vêtement du serviteur pour qu'il prenne conscience des malheurs de l'aliénation domestique et des violences qui accompagnent généralement l'exercice du pouvoir. Il ne s'agit pas de s'interroger sur l'opportunité de l'organisation sociale (et de remettre en cause l'exercice de l'autorité des uns sur les autres), mais seulement de parvenir à un usage raisonnable de cette situation.
CONCLUSION
- Une tirade importante dans la mesure où elle précise au spectateur ce qu'il avait entrevu dès la première scène (avec le refus d'obéir grandissant d'Arlequin), et où elle permet de comprendre également les intentions de l'auteur par rapport au déroulement général de la pièce.
- Une tirade qui laisse également voir quelques idées maîtresses de la philosophie de Marivaux et qui permet d'emblée de ne pas s'y tromper : il ne s'agit pas de renverser l'édifice social, mais de lui donner un visage plus humain.
Montesquieu (1689-1755)
Charles Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu appartient à la noblesse de robe.
Il fait des études de droit et des études scientifiques à Bordeaux.
Il possède une charge à l'académie des Sciences. Après avoir vendu cette charge, Montesquieu aura suffisament d'argent pour vivre aisément toute sa vie sans travailler.
Il décide donc de se consacrer à la science et, voulant satisfaire son goût pour paris, décide de monter à la capitale.
Dès son arrivée, on se moque de lui. Ce premier jugement des parisiens et sa découverte de la ville seront repris dans ses oeuvres comme Les Lettres persanes.
Le succès des Lettres Persanes le pousse à écrire.
Il aime paris, les salons, les divertissements et la fréquentation de la cour du régent
Les lettres persanes ont été publiées anonymement en 1721. Elles ont été écrites par Montesquieu, un philosophe des lumières.
Le roman est contemporain puisqu'il se passe entre 1712 et 1720 et quon y fait référence à des faits politiques: Le Roi transforme le papier en argent.
Montesquieu en profite pour faire une critique de la société avec une mise en valeur de Usbek: la France est corrompue et négative...
Montesquieu a choisi des personnages étrangers pour découvrir la France. De plus, ils semblent simples et naïfs tout en ayant un bon esprit et une certaine clairvoyance, ce qui leur donne une position apte à la critique et totalement dépourvue de préjudices (exemple: La critique du roi).
Ces personnages sont également assez comiques et spécifiques. Ce qui provoque une ironie mordant et une certaine ironie dans un environnement austère. La critique à peine dissimulée derrière les personnages est également une source de comique
Ces lettres sont issues du mouvement des lumières qui se caractérise par une prise de conscience de sujets responsables, appelés philosophes, pour se tourner vers la connaissance, contre l'obscurantisme, la superstition.
Les philosophes, parmi lesquels figure Montesquieu, sont des contestataires qui remettent tout en cause par un usage critique et méthodique de leur raison : Sapere aude.
L'éditeur présente son livre comme un recueil de lettres fictives de Persans qu'il aurait recueilli chez lui. Ce genre épistolaire permet d'éviter la censure.
Montesquieu va comparer deux mondes : l'orient et l'occident.
- Ici il s'agit de la Lettre XXIV, lettre dans laquelle Rica décrit les activités des parisiens à son ami Ibben.
- Ici il s'agit de la Lettre XXX, lettre écrite par Rica où il fait par à son ami Ibben de son observation sur la curiosité parisienne.
- Ici il s'agit de la Lettre XXXVII, lettre écrite à Ibben où son ami Usbek critique violemment le roi Louis XIV sur sa vieillesse, ses goûts et ses défauts.
- Ici il s'agit de la Lettre XCIX, lettre de Rica à Rhédi critiquant la mode des parisiens et ses caprices.
Pour répondre à la question : .......... , nous étudierons .......... , puis nous analyserons .......... , et enfin nous examinerons ..........
Rimbaud (1854-1891)
Extraordinaire destin que celui d'Arthur Rimbaud. Mallarmé évoquera "ce passant considérable", "éclat lui, d'un météore, allumé sans motif autre que sa présence, issu seul et s'éteignant".
Arthur Rimbaud est né à Charleville en 1854, sous le signe du mouvement, de la fugue, et du revirement. Dès le plus jeune âge, il s'illustre par ses succès scolaires. Son professeur de quatrième, M. Perette, pressent pourtant déjà toute sa complexité : "Il finira mal. En tout cas, rien de banal ne germera dans sa tête : ce sera le génie du bien ou du mal"
A 16 ans, Rimbaud commet sa première fugue. L'année suivante, en 1871, lors d'une nouvelle escapade, il fait la connaissance à Paris de Paul Verlaine à qui il avait envoyé ses poèmes. Ce dernier, de dix ans son aîné, lui avait alors adressé l'invitation suivante : "Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend". Aussitôt Rimbaud accourt, avec, pour tout bagage, quelques poèmes. En octobre 1871, lors du premier dîner des parnassiens, auquel il est convié, il fait la lecture de son Bateau ivre. Le "nourrisson des muses" fascine, enchante et soulève l'enthousiasme de la communauté des poètes parisiens. Pourtant en quelques mois, le jeune poète passe de mode, et devient même la bête noire des artistes de Saint-Germain des Près, lassés de son orgueil, de son mépris et de son insolence.
Puis à l'âge de vingt ans, Rimbaud, qui a publié deux ans auparavant Une saison en enfer, dit "Adieu" à la poésie. L'Homme aux Semelles de Vent, comme l'appellera Verlaine, multiplie les voyages, les errances, et part chercher une improbable fortune en Abyssinie. Lorsqu'il meurt, atteint d'une tumeur cancéreuse au genou, en 1891, à l'âge de trente-sept ans, il semble avoir oublié qu'il est l'un des plus grands poètes français de tous les temps.
Toute son ½uvre, Arthur Rimbaud l'a écrite en six ans, entre l'âge de quinze et de vingt ans, puis il s'est tu à jamais. Son silence ne cesse de nous interpeller et d'apparaître comme l'autodestruction du génie, dont il est paradoxalement l'incarnation même.
- Sensation, Départ : ces deux poèmes de Rimbaud sont tirés de deux recueilles différents :
- Sensation du recueil Poésies : il s'agit d'un Rimbaud jeune, plein de gaieté. Sensation est un des premiers textes de Rimbaud. Il est daté de Mars 1870. Comme il est normal à cet âge, et à cette saison (le printemps), c'est un projet d'avenir, un programme de bonheur
- Départ du recueil Illuminations : on a affaire à un Rimbaud plus âgé, un Rimbaud voyant, précurseur du Surréalisme : «...JE est un autre... Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant.»
Néanmoins ces deux poèmes traitent du même thème et ont des idées en commun.
- Le Mal : Rimbaud est un révolté. Il écrit en plein contexte. C'est aussi un fugueur. Il a été élevé dans la religion catholique avec sa mère. Etant forcé à aller à la messe le dimanche, il pose un regard critique sur la Bourgeoisie.
La guerre éclate en 1870 et il dit que c'est le mal.
Il accuse les hommes politiques d'être responsable de la mort des hommes et complice de la religion.
- Ma Bohème : Ecrit à l'âge de 16 ans, ce poème évoque une ou plusieurs de ses fugues. Il veut fuir un milieu étouffant et le conformisme. Il s'agit d'un sonnet léger de forme traditionnelle, pleins de fantaisies, de jeunesse qui illustrent bien les errances adolescentes de Rimbaud.
- Aube : Ce poème est tiré des Illuminations (qui veut dire enluminure, gravure colorée en anglais) qui regroupe des poèmes court en prose
Elles sont une publication de Verlaine
Aube vient du latin alba qui veut dire blanc, aube signifie donc aurore ou liberté
c'est donc l'aube de la vie ("enfance")
Lors de l'écriture de ce poème, Rimbaud et Verlaine sont au Royaume-Uni
Rimbaud a 19 ans
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- Le livre de ma mère
Albert Cohen est né le 16 août 1895 à Corfou, une île grecque à l'entrée de l'Adriatique. Il y reste jusqu'en 1900, date à laquelle sa famille est chassée par un pogrom. Il habite ensuite à Marseille. Il fréquente le lycée Thiers où il se lie d'amitié avec Marcel Pagnol, qui parle de lui dans ses Souvenirs d'enfance. En 1905, à 10 ans, insulté par un camelot qui lui dit de « rentrer chez lui », il découvre l'antisémitisme.
Il entreprend ensuite des études de droit à Genève, en Suisse. En 1919, il devient citoyen suisse.
Il s'implique dans l'aide aux réfugiés pendant la Seconde Guerre mondiale et devient ensuite directeur de division à l'ONU.
Evocation d'une femme à la fois "quotidienne" et sublime, une mère, aujourd'hui morte, qui n'a vécu que pour son fils et par son fils, ce livre d'un fils est aussi le livre de tous les fils. Et tout fils pleurant sa mère disparue y retrouvera les reproches qu'il s'adresse à lui-même lorsqu'il pense à telle circonstance où il s'est montré ingrat, indifférent ou incompréhensif.
- Lambeaux
- Charles Juliet est né en 1934 à Jujurieux. Il est placé dans une famille suisse suite à l'internement de sa mère dans un hôpital psychiatrique (à cause d'une tentative de suicide). Elle mourra de faim le jour de ses 38 ans, victime de "l'extermination douce" orchestrée par les nazis.
A douze ans, il entre dans une école militaire dont il ressortira à vingt, pour être admis à l'Ecole de Santé Militaire de Lyon. Trois ans plus tard, il abandonne ses études pour se consacrer à l'écriture. Il vit à Lyon.
Charles Juliet a réalisé plusieurs séries d'émissions à France-Culture.
Deux pièces radiophoniques ont été diffusées sur les antennes de cette station.
- L'entreprise autobiographique est souvent très exigeante pour son auteur. Charles Juliet a mis douze ans de sa vie à écrire Lambeaux, paru est 1995. Cette ½uvre fut composée comme un diptyque, composées de 2 parties qui s'opposes : récit mère biologique / récit auteur. Ces douze années montrent la difficulté et l'importance pour son auteur de raconter. Dans l'extrait que nous allons étudier, Charles Juliet se livre à un bilan dans lequel il nous fait partager l'historique de sa démarche. En même temps qu'à ses deux mères, il rend hommage à tous ceux qui n'ont pas eu la parole pour dire leur souffrance.
- Livret de famille
Livret de famille a été écrit par Patrick Modiano en 1977.
- Patrick Modiano est né le 30 juillet 1945 à Paris d'un père juif originaire d'Alexandrie et d'une mère belge débarquée à Paris en 1942 pour tenter sa chance comme comédienne.
Deux parents qui se sont rencontrés dans le Paris occupé et ont vécu dans une semi-clandestinité.
Le jeune Patrick vivra toute son enfance dans une atmosphère où flottera toujours comme une "odeur vénéneuse de l'Occupation", liée à certaines relations troubles de son père et aux récits entendus.
Ballotté de collège en pension, entre un père absent et une mère en tournée, très tôt livré à lui-même, Patrick Modiano gardera de son enfance aventureuse une nostalgie première, que reflètent presque tous ses romans, et brutalement interrompue par la mort tragique en 1957 de son frère cadet, Rudy, à qui il dédiera tous ses premiers livres.
- Le livret de famille est un document officiel qui rattache l'individu à la société, il y figure l'acte de naissance, de mariage et de décès.
Dans ce livre une autobiographie précise se mêle à de l'imaginaire.
Il est composé de 14 récit concernant le père, la mère ou lui même d'où le titre.
L'auteur entraîne le lecteur dans une reconstitution de son passé.
- W ou le souvenir d'enfance
- Georges Perec (1936-1982) naît à Paris, le 7 mars 1936, de parents juifs polonais émigrés une dizaine d'années auparavant. Son père est tué en juin 1940, à la veille de l'armistice et sa mère déportée en 1943.
Il dit de ses parents : « J'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture, l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie. »
Adepte de la contrainte, mais également homme rationnel, il écrit, La Disparition, un livre sans la voyelle « e », puis Les Revenentes, où la seule voyelle est le « e ». Ces recherches, exigeantes d'invention et de rigueur. Il succombe à un cancer.
- W mêle deux histoires, c'est à la fois une auto fiction et une autobiographie. Dans le premier récit, le narrateur tente de recomposer son enfance juive à partir de morceaux de souvenir. Le second récit fictif a pour base une histoire qu'il a inventé lorsqu'il avait 13 ans et qu'il réinvente.
Le Nouveau théâtre
A la suite de la Seconde Guerre mondiale, de ses désastres et de ses divers totalitarismes, il en ressort un sentiment d'absurdité que certains auteurs contemporains tels que Ionesco ou Beckett mettent en avant dans un « Nouveau Théâtre ».
Ce drame comique a été largement influencé par une philosophie dite existentialiste qui prône l'engagement, en se rapprochant de l'humanisme : "L'existentialisme est un humanisme", J.P Sartre.
En attendant Godot est une pièce de théâtre en deux actes de Samuel Beckett est parue en 1952 et qui a été mise en scène la première fois par Roger Blin en 1953 à Paris.
C'est la première pièce de Beckett écrite directement en français, il mettra 2 ans. Celui-ci est d'origine irlandaise et il a reçu le Prix Nobel de la littérature en 1969.
Scène d'exposition
Le passage étudié constitue l'incipit de la pièce. Nous sommes au début de la pièce, sur une route de campagne où Estragon, déjà en scène au lever du rideau, rejoint très vite par Vladimir, tente vainement d'enlever sa chaussure.
Confrontation
Cette confrontation oppose la fin de l'acte I au dénouement dont la similitude est propre au théâtre de Beckett.
Scène typique
Cet extrait correspond à la fois à un passage typique du drame comique et atypique par rapport au théâtre classique.
Couple Pozzo-Lucky
Beckett fait entrer en scènes deux personnages que l'on pourrait comparer à un valet et son maître. Cependant ce couple est particulier dans le sens où il joue un rôle important dans
En attendant Godot.
Pour répondre à la question : .......... , nous étudierons .......... , puis nous analyserons .......... , et enfin nous examinerons ..........
L'Utopie
L'utopie est une représentation d'une réalité idéale et sans défaut. Cela se traduit, dans les écrits, par un régime politique idéal qui gouvernerait les hommes parfaitement, une société parfaite ou aussi une communauté d'individus vivant heureux et en harmonie.
L'utopie, pour un écrivain, constitue un moyen très utile pour donner vie par la fiction à ses théories de l'idéal social. C'est Thomas More qui, en 1516, baptise pour la première fois sa cité idéale " Utopia " dans son ½uvre du même nom.
- L'abbaye de Thélème
- Francois Rabelais est né en 1494 non loin de Chinon. Son père, avocat à Chinon,était un assez gros propriétaire : l'½uvre de Rabelais abonde en souvenirs du terroir familial et en allusions aux gens de justice. D'abord initié au rudiment dans l'abbaye, toute proche, puis novice au couvent, il y aurait été instruit selon les méthodes scolastiques, qu'il aura en horreur. Hummaniste.
- Ce texte est l'extrait de l'½uvre Gargantua de Rabelais, publié en 1535. Rabelais se situe dans le courant humaniste qui se développe en Europe au XVème siècle, et se réfère aux textes antiques des Grecs et des Romains anciens.
- Les Troglodytes
- Biographie de Montesquieu, mouvement des Lumières.
- Les Troglodytes sont un peuple d'Afrique dont seules deux familles ont survécu avec à leur tête deux hommes pleins d'humanité et de vertu.
Mirza et Usbeck réfléchissaient alors à un sujet très débattu en cherchant à déterminer "si les hommes étaient heureux par les plaisirs et la satisfaction des sens ou par la pratique de la vertu".
- L'Edorado
- Le jeune Voltaire fait des études de droit et il commence à publier ses premiers écrits vers 22 ans. Peu de temps après, il est enfermé à la Bastille pour avoir écrit des textes satiriques dans lesquels il se moquait d'hommes politiques proches du roi Louis XV. Il retrouve la liberté à condition de s'exiler. Il vivra pendant trois ans en Angleterre. Le mouvement des Lumières.
- Le chapitre 18 correspond au milieu exact de Candide. C'est une pause dans le récit. Beaucoup de péripéties, axées sur l'expérience du mal et sur la cruauté humaine se sont déjà écoulées. Ce chapitre se passe en Eldorado, un univers où tout est le mieux pour le meilleur des mondes, tout est positif. C'est donc une utopie, à travers laquelle Voltaire décrit le fonctionnement d'une société idéale et critique la société européenne. L'Eldorado est une vieille légende, un pays ou tout est en or, où toutes richesses sont en abondance. Beaucoup l'ont recherché, Marco Polo, Christophe Colomb... mais personne ne l'a jamais trouvé. Elle a alimenté l'imaginaire des gens. Ce nouvel univers est donc idéalisé, utopique.
- Tirade de Trivelin
- Marivaux, est un écrivain français né à Paris en 1688 et mort en 1763. Il a écrit de nombreuses comédies et quelques romans. Il utilise le théâtre comme un lieu d'expérimentation sociale où maîtres et serviteurs échangent leurs rôles comme ici, et où les femmes veulent établir une république : La colonie.
Marivaux est un humaniste moral, précurseur des Lumières.
- Dès la première scène se dessinait un processus de renversement d'ordre social, entre Iphicrate et Arlequin, avec la désobéissance de plus en plus marquée du valet. Ce renversement est au centre de la seconde scène et se matérialise en particulier grâce au changement d'identité entre les deux personnages, imposé par Trivelin. Ce dernier va très vite devenir, tant aux yeux des autres personnages qu'à ceux du spectateur, la clé de voûte de l'évolution des relations entre les maîtres et les valets, imposant la loi de la cité, exigeant la soumission des naufragés à ses décisions et calmant l'ardeur des anciens valets.
La longue tirade de la scène 2 répond à une double exigence : le personnage va indirectement informer les spectateurs de la trame dramatique de la pièce, en la situant dans un contexte pseudo historique, il va également se poser d'emblée en détenteur de la loi et en garant de la morale vis-à-vis des autres personnages auprès desquels il va se comporter presque en metteur en scène, au point de devenir une sorte de double de Marivaux lui-même.
Pour répondre à la question : .......... , nous étudierons .......... , puis nous analyserons .......... , et enfin nous examinerons ..........
Dictionnaire philosophique : Article « Torture » de Voltaire (1769)
Le texte de voltaire s'inscrit dans la lutte des philosophes du siècle des lumières contre certaines pratiques des dirigeants de la société. Il vise à critiquer la torture de façon à obtenir son abolition (1780). Pour cela il compare, ironise, fait des exemples, pour montrer son ridicule et l'injustice de la question.
« Le Mariage de Figaro » Acte V scène 3 de Beaumarchais (1784)
Pièce de théâtre.
Dénonciation de la censure à travers divers procédés ironiques : « Journal inutile ».
Procédés hyperboliques et exagérations : « Je vois s'élever contre moi mille pauvres diables à la feuille ».
« L'Ile des esclaves » de Marivaux (1725)
Iphicrate et son valet Arlequin font naufrage. Ils débarquent dans l'île des esclaves, une île fondée, il y a une centaine d'années par des esclaves révoltés. Dans cette île les maîtres deviennent des valets et les valets des maîtres. Ainsi, Iphicrate et son laquais Arlequin, Euphrosine et sa soubrette Cléanthis échangent leur condition, leurs vêtements et aussi leurs noms.
Dès leur arrivée , chacun se voit contraint d'en observer la loi, dont Trivelin, ancien esclave et gouverneur de l'île, est le garant. Entre autres humiliations que les anciens maîtres ont à subir, pour leur bien d'ailleurs, ils doivent s'entendre dire leurs vérités par leurs serviteurs. Trivelin demande à la servante Cléanthis de tracer le portrait de sa maîtresse Euphrosine et il promet d'abréger cette épreuve si Euphrosine reconnaît la vérité de ce portrait.
Cléanthis et Arlequin prennent beaucoup de recul par rapport à leur nouveau statut et miment une scène de séduction mondaine. Arlequin entreprend la conquête d'Euphrosine mais il est ému par la souffrance que lui cause son nouveau statut.
Finalement, Arlequin pardonne à son maître et reprend son habit de valet ; Cléanthis imite son exemple. Pleins de gratitude et de remords, Iphicrate et Euphrosine les embrassent avec émotion. C'est cette réconciliation que souhaitait Trivelin, qui tire la morale de la comédie en disant aux serviteurs : "Nous aurions puni vos vengeances comme nous avons puni leurs duretés" et aux maîtres : "Vous avez été leurs maîtres, et vous avez mal agi ; ils sont devenus les vôtres et ils vous pardonnent ; faîtes vos réflexions là-dessus. La différence des conditions n'est qu'une épreuve que les dieux font sur nous"
De l'Esprit des Lois : Essai « L'Esclavage des Nègres » de Montesquieu (1748)
Ce texte de Montesquieu s'inscrit dans le combat des philosophes du 18ème siècle pour faire prévaloir les idées de justice et de tolérance: Cela entraînera la suppression de l'esclavagisme à la fin du siècle.
« Micromégas » de Montesquieu (1752)
Un gigantesque habitant de Sirius (héritier en son gigantisme de Rabelais et Swift), exilé de la Cour de sa planète, se rend sur Saturne, y rencontre un nain ressemblant fort à Fontenelle (l'auteur des Entretiens sur la pluralité des mondes), et voyage avec lui. Parvenus bien évidemment sur la Terre, ils n'aperçoivent d'abord nulle trace de vie, puis finissent par se rendre compte de la présence d'une vie microscopique. Parmi ces amibes, un navire où se trouvent des hommes ; les bons géants finissent par communiquer avec eux. Suit une revue satirique des philosophies ; seul le disciple de Locke se rapproche de la raison, aux yeux des étrangers. Une tempête perd le vaisseau, qui se retrouve dans une poche de Micromégas : bonne occasion pour un discours rappelant aux humains leur petitesse et leur orgueil.
« Le Monde comme il va » de Voltaire (1848)
Babouc est envoyé par un génie pour observer les habitants de Persépolis, ville où règnent le luxe et les excès. Oscillant entre méfiance et fascination, le jeune homme découvre un monde de plaisirs, mais aussi de fourberie et de médisance. Or, de son compte rendu dépendra le sort de la capitale des Perses - capitale qui n'est pas sans en rappeler une autre... Avec une ironie mordante et une langue acérée, Voltaire dénonce les travers de son époque - ou est-ce de la nôtre ?
Gravure : « Rousseau et Voltaire se disputant » anonyme (XVIIIème siècle)
C'est une gravure satirique.
Il y a une polémique entre les deux hommes que l'on peut qualifier d'antiphilosophique.
On distingue deux titres de livres piétinés par Rousseau et Voltaire :
- « Emile de l'éducation » de Rousseau
- « La Henriade » de Voltaire
Peinture : « Orphée, ou Jeune fille thrace portant la tête d'Orphée » de Gustave Moreau (1865)
Description:
-On y voit une jeune fille debout en robe longue richement brodée qui tient dans ses bras une lyre sur laquelle repose la tête d'Orphée; au-dessus d'elle en haut d'un rocher trois bergers, en bonnet thrace et en tunique jouent de la flûte et de la lyre; le paysage de roches brunes, de maigres arbustes et d'eaux stagnantes est baigné d'une lumière dorée.
- Sa construction en deux espaces: la ligne diagonale met en valeur la tête de la jeune fille, dans le prolongement de la masse du rocher qui se dresse derrière elle; cette tête se trouve sur la ligne qui va du rocher et des bergers qui jouent de leurs instruments de musique aux deux tortues en bas à droite du tableau. La jeune fille en posture droite suit une ligne verticale, grandie et magnifiée encore par le rocher derrière elle sur lequel elle se détache; presque à angle droit la tête d'Orphée déposée sur sa lyre, est éclairée comme celle de la jeune fille de la même lumière dorée, un ton en dessous cependant. De ses yeux clos qui regardent directement ceux d'Orphée, clos eux aussi, elle médite dans cet instant suspendu, pareille à une statue, encore que le discret mouvement de sa jambe gauche et le décalage entre les deux pieds laissent penser qu'elle esquisse un pas...Autant la partie gauche du tableau est occupée par le rocher et les personnages, autant la partie droite se distingue par un paysage désert et sauvage, et un ciel immense.
Interprétation:
- Inutile de chercher le moindre réalisme chez un peintre qui veut évoquer surtout le tragique destin de l'artiste solitaire et martyr. Ce paysage calme où le mouvement semble suspendu, la présence de bergers qui jouent de la flûte, les deux tortues à l'allure si lente confèrent au tableau une atmosphère sereine voire élégiaque, ou encore onirique.
- Qui est cette jeune fille (thrace, dit la légende de certaines reproductions)? Trop richement vêtue pour être une simple paysanne, elle n'a rien de réaliste non plus : son profil délicat, son teint transparent, sa chevelure blonde savamment nattée, son corsage de mousseline brodée et perlée, la rendent semblable à une madone de la Renaissance, tandis que l'étoffe drapée à la taille et les lourds plis de sa longue robe lui donnent une allure de statue antique; son regard clos se penche doucement sur la tête d'Orphée tandis que ses bras enveloppent cette tête de façon protectrice: aucune douleur, aucune souffrance, aucune horreur même dans la présentation de cette tête comme posée sur un plateau.
« L'autre » de Philippe Claudel (2003)
Ces quelques lignes et d'autres, lues dans un premier temps d'un regard léger, firent sur Frolon l'effet d'un cataclysme. Il eut soudainement l'impression, effroyable et chaleureuse à la fois, que la terre se dérobait sous ses pieds et que sa chute provoquée par quelques mots l'amenait vers les aspects les plus profonds et les plus secrets de son c½ur, comme si ce poète qu'il ne connaissait pas en savait davantage sur son âme que sa propre épouse, qu'il chérissait, ou que lui-même.
Il put ainsi lire, dans un silence mystique, des phrases insoupçonnables qui lui parlaient de lui et des effrois du monde, et le faisaient un peu plus, à la lecture de chaque poème de cet étrange Rimbaud, approcher un frère absent.
Frolon perdit le sens du temps, des heures, des jours. Parfois, il lui semblait être parti de Tunis quelques semaines plus tôt, d'autres fois cela lui paraissait remonter à plusieurs années.
Frolon perdit le sens de lui-même et du monde, de la faim, de la soif, de la fatigue, des hommes, de Dieu, du silence et du mal, de son passé et de sa propre existence : il gagna des allures de prophète, un regard fixe comme le sont ceux des aveugles.
Dans ses sommeils songeurs, chaque nuit, l'ancien marchand errait dans un pays où des lettres majuscules formaient des falaises abruptes, et des mots taillés dans un schiste vert des remparts sur lesquels il glissait ses mains dans un voluptueux mouvement de caresse.
Il marcha de plus en plus dans son rêve. Oublia la géographie. Oublia jusqu'à son nom de l'ancienne vie. Se déclara Reïmbo, résolument.
« Prométhée »
Prométhée qui créa les hommes à partir d'une motte d'argile et, malgré l'opposition de Zeus, leur enseigna la métallurgie et d'autres arts. Après la victoire des nouveaux dieux dirigés par Zeus sur les Titans, Prométhée leur donna aussi le feu, qu'il leur avait dérobé, et entra de ce fait en conflit avec Zeus. Celui-ci le fit enchaîner sur le mont Caucase pour y avoir chaque jour le foie dévoré par un aigle.
Héraclès le délivra au cours de ses douze travaux mais pour ne pas déroger au serment de Zeus qui avait juré que le Titan resterait à jamais enchaîné au Caucase, Prométhée dut porter durant toute sa vie une bague de fer provenant de ses chaînes accolée à un morceau de pierre du Caucase.
La légende de Prométhée laisse à supposer que les Grecs anciens avaient découvert que le foie est l'un des rares organes humains à se régénérer spontanément en cas de lésion.
« Route ivre avec autoportrait » de Ludwig Meidner (1913)
Tout est torturé, sombre.
Ludwig Meidner est représenté en petit, non centré.
Les lignes sont acérées .
Le peintre expressionniste allemand se perçoit comme difforme et monstrueux.
La route semble ne mener nulle part : cul-de-sac.
Perception subjective qui amène à une vision déformante.
« Triple autoportrait » de Norman Rockwell (1960)
Huile sur toile
Un homme est en train de peindre: il se peint en regardant un miroir.
Objets : Casque, portrait, pinceau, un pinceau dans un verre, poubelle, croquis de brouillon, livre ouvert, aigle, pipe, signature sur le tableau.
Interprétation : L'image de soi est multiple. Le réel n'existe pas, tout n'est qu'une image : multitude de la représentation.
Registre comique : c'est un jeu , il fait le malin et s'amuse avec l'autoportrait.
Le Casque représente la guerre, la gloire. Il est planté au dessus de la toile : il se moque de lui-même.
Aigle avec le drapeau est une image critique de l'image (dérision)
Portrait : Van Goth, Picasso, Rembrandt (1606-1889),
Il s'inscrit dans l'histoire de l'autoportrait.
Avec la poubelle, on montre qu'il y a des esquisses (faut du temps) c'est dur, on essaye de trouver les couleurs, il s'inspire.
Verre : dimension, espace et de temps. Il représente le déséquilibre.
L'autoportrait : Il y a 3 Norman Rockwell. Où est le vrai ? Celui sur la toile est le plus vrai, les yeux représentent la personnalité, la vie. Il nous regarde. Sur le miroir, il a l'air réaliste car nous avons de la couleur, des détails.
Préambule des « Confessions » de Rousseau (1782)
L'incipit des Confessions est un préambule qui permet à Rousseau de présenter son projet autobiographique, de faire un pacte avec son lecteur.
En trois paragraphes, il annonce ses intentions, explique pourquoi il est l'objet de son oeuvre-et lui seul, avant, dans un troisième paragraphe, de prendre Dieu pour destinataire
"Je forme une entreprise qui n'eu jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur".
« Un secret » de Philippe Grimbert (2006)
Le narrateur est un petit garçon de l'Après-guerre né dans une famille juive. Fils unique, enfant de santé fragile, il évolue dans une maison où le silence règne. Les questions sont interdites, les confidences repoussées. Un silence, si lourd, si pesant, qui cache un tel secret, qu'il lui faut à tout prix le rompre pour réussir à survivre. « Aussi longtemps que possible, j'avais retardé le moment de savoir : je m'écorchais aux barbelés d'un enclos de silence. » En grappillant des informations auprès d'une amie, en forçant les confidences de ses proches, le terrible secret va petit à petit naître au grand jour.
« W ou le souvenir d'enfant » de Georges Perec (1975)
Il y a dans ce livre deux textes simplement alternés ; il pourrait presque sembler qu'ils n'ont rien en commun, mais ils sont pourtant inextricablement enchevêtrés, comme si aucun d'eux ne pouvait exister seul, somme si de leur rencontre seule, de cette lumière lointaine qu'ils jettent l'un sur l'autre, pouvait se révéler ce qui n'est jamais tout à fait dit dans l'un, jamais tout à fait dit dans l'autre, mais seulement dans leur fragile intersection.
L'un de ces textes appartient tout entier à l'imaginaire : c'est un roman d'aventures, la reconstitution, arbitraire mais minutieuse, d'un fantasme enfantin évoquant une cité régie par l'idéal olympique. L'autre texte est une autobiographie : le récit fragmentaire d'une vie d'enfant pendant la guerre, un récit pauvre d'exploits et de souvenirs, fait de bribes éparses, d'absences, d'oublis, de doutes, d'hypothèses, d'anecdotes maigres. Le récit d'aventures, à côté, a quelque chose de grandiose, ou peut-être de suspect. Car il commence par raconter une histoire et, d'un seul coup, se lance dans une autre : dans cette rupture, cette cassure qui suspend le récit autour d'on ne sait quelle attente, se trouve le lieu initial d'où est sorti ce livre, ces points de suspension auxquels se sont accrochés les fils rompus de l'enfance et la trame de l'écriture.
« La Leçon » de Ionesco (1951)
Dans une petite ville de province, une élève désireuse de se présenter au «doctorat total» vient prendre un cours particulier. La leçon commence, loufoque, mêlant mathématiques élémentaires et sciences du langage, malgré les objurgations de la bonne («La philologie mène au pire»). Le vieux professeur, d'abord timide et obséquieux, mais bientôt grisé par l'exercice de son pouvoir et par un discours délirant, réduit peu à peu son élève à une absolue soumission et la tue. Après nous avoir appris que, chaque jour, quarante jeunes filles subissent le même sort, la bonne accueille une nouvelle élève.
« L'Atelier » de Grumberg (2006)
Dans un atelier de confection, de 1945 à 1952, des employés travaillent et, entre rires et larmes, racontent leur vie pendant l'Occupation et dans l'immédiat après-guerre : un Juif qui a été déporté, un autre qui a vécu caché en zone occupée, une troisième qui s'est réfugiée en zone libre, une quatrième, encore, dont le mari a été arrêté et envoyé dans les camps, mais aussi des jeunes gens à peine touchés par la guerre et une femme dont le mari fonctionnaire a peut-être collaboré... Autant de destins différents qui se croisent et soulèvent tous la même question : comment vivre après le traumatisme de la guerre et de la Shoah?
« L'Île des esclaves » de Marivaux (1725)
C'est une comédie en un acte et 11 scènes.
La pièce a été représentée pour la première fois le 5 mars 1725.
Le mélange des genres se retrouve sur tous les plans : les personnages grecs, le naufrage ainsi que le caractère d'Euphrosine tendent vers une tragédie. Mais la pièce est bien une comédie : confusion des sentiments, échanges de pouvoir entre maîtres et valets, enfin l'aspect résolument comique du personnage d'Arlequin. De plus, la pièce se termine sur une reprise du pouvoir par les maîtres et le retour au statut d'esclave de Cléanthis et d'Arlequin ; ce retour à la situation initiale est le propre de la comédie.
Photographie de la mise en scène de Roger Blin au théâtre Babylone (1953)
Le décors est sombre, les personnages sont dans une posture d'attente, assis, les bras croisés, le regard perdu du coté des spectateurs.
Ils ont l'air correctement vêtu avec un costume rappelant celui de Charlie Chaplin : un pantalon, une redingote, une veste noire, une cravate, un chapeau melon.
Leurs manches et leur barbe naissante trahissent toutefois leur coté clochard.
Photographie de la mise en scène de Luc Bondy au théâtre Odéon (1999)
Le décors est clair, froid, les couleurs dominantes sont le gris, le blanc et le bleu.
L'arbre est mis en valeur par la disposition scénique qui le place au centre, dépouillé, en forme de fourche que l'on peut interpréter comme le symbole du diable. Deux personnages figurent sur la scène en des côtés opposés, uni par une longue corde qui nous laissent penser à un premier acte. Lucky, vêtu tout de blanc se tient droit, semble las de porter de lourds bagage qu'il se refuse de poser, son chapeau est tombé de sa tête chauve. Il a l'air soumis, de par sa tête inclinée vers le sol et la laisse tenue par Pozzo, qui l'attache au niveau du cou, comme un vulgaire chien. De son côté, Pozzo est habillé d'un pantalon noir qui le met en contraste avec son prétendu valet que l'on peut assimiler à un esclave. Son manteau ne nous permet pas de savoir s'ils partent ou s'ils arrivent.
Autres photographies de « En attendant Godot »
Les metteurs en scènes jouent essentiellement sur le symbolique du décors avec soit un arbre en forme de croix qui associerai Godot à une divinité, soit une Lune énorme qui accentuerai le côté absurde de la pièce...
« Rire panique » de Roland Topor (1986)
Le dessin représente une bouche grand ouverte avec à l'intérieur, tout noir et sombre, deux yeux et une langue disproportionnée que l'on peut assimiler à un c½ur anatomique. Le peintre joue sur une double interprétation de l'image. En effet, il est difficile de savoir si le personnage rit ouvertement ou s'il hurle...
« Oh les beaux jours » de Samuel Beckett (1960)
Au milieu d'un paysage de désert brûlé, une sonnerie stridente retentit. Winnie se réveille et vaque à ses occupations sous le soleil du zénith. Elle a le corps enterré dans le sable jusqu'au-dessus de la taille puis jusqu'au cou. Bien qu'absorbée progressivement par la terre, elle se sent légère et feint d'ignorer son ensablement. Avec une innocence gracieuse, elle prie, se prépare, discourt, fredonne, se plaint, se remémore des bribes de souvenirs, et fait l'inventaire de son sac et de ses objets familiers. Elle s'adresse à son tendre ami Willie, que l'on aperçoit à peine et qui pousse de temps en temps quelques grognements. Winnie s'accommode de son malheur avec grâce et joue à s'imaginer qu'elle vit de beaux jours.
« La cour d'Isabelle d'Este » de Lorenzo Costa (1505)
¼uvre parnassienne représentant l'allégorie de la cour d'Isabelle d'Este.
Le vert, couleur reposante, domine le tableau qui représente un lac ou une mer avec une végétation qui pourrait être celle du Nouveau Monde.
En effet, un galion espagnol flotte sur l'eau avec
Les personnages en premier plan semblent être issus d'une classe sociale élevée par leurs vêtements. C'est une élite intellectuelle et artistique mixte qui pratique la chasse, la musique, le chant.
Au pied du bateau on peut distinguer une bataille impliquant les conquistadors, un cheval est couché sur le flanc.
« Concave et convexe » d'Escher (1945)
Eléments traditionnels : trompette, escalier, échelle
Cependant, les repères sont bouleversés, la perspective est faussée
Impression extérieur - intérieur avec le fleuve, la fenêtre en surplomb donnant sur la ville
C'est un monde qui déconstruit le notre : les éléments traditionnels sont traités différemment.
- Les fenêtres au milieu de l'image sont-elles face à face ou non ? Concave ou convexe ?
- La poutre de droite passe t-elle à travers un trou ?
- L'étendard résume bien le titre par une image pouvant être traitée à double sens : 3 cubes vus de dessus ou de dessous ?
Monde inversé et inquiétant par certain éléments :
- Le fleuve des enfers avec le passeur sur la barque
- la poulie de pendaison
- les reptiles
« L'Utopie » de Thomas More (1516)
Ce texte décrit une ville protégée de remparts, c'est une forteresse esthétique avec de belles rues, de belles fleures, tout est beau et pratique.
Le mode de vie y est utopique, il n'y a pas de domaines privés car on change de maison tous les dix ans : esprit de groupe, de collectivité.
Thomas More prône la tolérance et la discipline au service de la liberté, à travers le portrait d'un monde imaginaire, proche de l'idéal de l'auteur.
« L'Ile des esclaves » de Marivaux (1725)
En définissant l'île des esclaves comme une utopie sociale, la critique universitaire relie la pièce de Marivaux a un courant littéraire et philosophique qui connaît un succès certain. Utopia est le nom d'un ouvrage de Thomas More qui désigne une île imaginaire où les hommes vivent en harmonie. Etymologiquement, ce mot signifie " l'endroit qui n'existe nulle part ". L'utopie tente de surmonter les imperfections du monde réel afin d'éviter les conflits et les injustices. L'utopie aime les îles, c'est pourquoi elle apparaît comme un lieu privilégié pour imaginer des paradis imaginaires. Comme tout utopiste, Marivaux rêve d'un monde meilleur. Mais contrairement à l'utopie traditionnelle qui abolit la relation de servitude, il propose son inversion. Il ne construit pas un monde idéal mais il expérimente un nouveau contrat social sans chercher à annuler un rapport de domination inégalitaire.
« Les Lettres persanes » : Les Troglodytes de Montesquieu (1721)
La narration s'étale sur quatre lettres, ce qui permet de l'émailler d'un discours où le philosophe pose et illustre la notion fondamentale de vertu : « l'intérêt des particuliers se trouve toujours dans l'intérêt commun ». A la critique sévère des méchants Troglodytes, tout dominés par leurs passions égoïstes, peut donc succéder le tableau patriarcal des familles vertueuses qui ont survécu aux discordes.
« W ou le souvenir d'enfance » de George Perec (1975)
Deux récits se croisent, alternant leurs voix de chapitre en chapitre ; l'un d'apparence autobiographique, l'autre décrivant une colonie baptisée W, vouée à la célébration et à la pratique des disciplines olympiques, sur une île au large de la Terre de Feu. L'ordre y règne rigoureusement et les pires méthodes sont employées pour stimuler l'esprit de compétition : « il faut que même le meilleur ne soit pas sûr de gagner ; il faut que même le plus faible ne soit pas sûr de perdre. Il faut que tous deux risquent autant, attendent avec le même espoir insensé la victoire, avec la même terreur indicible la défaite ».
Ouverture sur le système des camps de concentration nazis et les humiliations.